Le Maroc exposé à un choc inflationniste lié à la guerre en Iran

A vibrant gas station in Marrakesh, Morocco, lit up at night with red neon lights.Photo : XT7 Core / Pexels
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L’escalade militaire au Moyen-Orient place le Maroc dans une posture économique délicate. Privé de production nationale d’hydrocarbures significative, le royaume chérifien dépend quasi intégralement des importations pour satisfaire ses besoins énergétiques. Toute tension sur les marchés pétroliers mondiaux se traduit, avec un décalage de quelques semaines, par une pression haussière sur les prix à la consommation et sur les coûts de production, fragilisant la trajectoire de désinflation amorcée ces derniers trimestres.

Une facture énergétique sous pression

Depuis le déclenchement des hostilités visant l’Iran, les cours du brut ont repris une orientation ascendante, entraînant mécaniquement une revalorisation des prix du gasoil et de l’essence sur le marché marocain. La libéralisation des prix des carburants, effective depuis 2015, expose directement les automobilistes et les transporteurs aux fluctuations internationales, sans filet amortisseur de subvention généralisée. Les stations-service répercutent désormais avec rapidité les variations du baril, ce qui alimente un sentiment d’érosion du pouvoir d’achat dans les classes moyennes urbaines.

Au-delà du carburant, c’est toute la chaîne logistique qui se trouve renchérie. Le transport routier, vecteur dominant du commerce intérieur marocain, voit ses coûts opérationnels grimper, tandis que les industriels consommateurs d’énergie, notamment la cimenterie, la sidérurgie et la chimie, subissent une hausse de leurs charges variables. Les opérateurs agricoles, déjà éprouvés par plusieurs années de sécheresse, doivent composer avec un surcoût sur le gasoil agricole et sur les engrais, dont les prix internationaux sont historiquement corrélés à ceux du gaz naturel.

Un équilibre macroéconomique fragilisé

Le choc énergétique intervient à un moment où Bank Al-Maghrib, la banque centrale marocaine, s’efforçait de consolider le reflux de l’inflation après le pic observé en 2022 et 2023. La résurgence de pressions importées complique l’arbitrage de politique monétaire, entre soutien à la croissance et ancrage des anticipations de prix. Un maintien prolongé des cours du brut au-dessus de certains seuils obligerait l’institut d’émission à reconsidérer son calendrier d’assouplissement, au risque de peser sur l’investissement privé et sur la demande intérieure.

Les finances publiques ne sont pas épargnées. La Caisse de compensation, qui subventionne encore le gaz butane largement utilisé par les ménages modestes et par l’agriculture, voit son budget gonfler au rythme de la hausse des cours internationaux. La réforme engagée de décompensation progressive, censée recentrer l’aide publique sur les populations les plus vulnérables via le registre social unifié, se déploie dans un environnement extérieur moins favorable qu’anticipé lors de sa conception. Le gouvernement doit arbitrer entre la discipline budgétaire affichée auprès des bailleurs internationaux et la nécessité de préserver la paix sociale.

Des marges de manœuvre limitées mais réelles

Rabat dispose toutefois de plusieurs leviers pour amortir le choc. La stratégie de diversification énergétique, portée par un ambitieux programme d’énergies renouvelables, vise à réduire structurellement la dépendance aux hydrocarbures importés. Les projets solaires et éoliens déployés dans le sud du pays, ainsi que les perspectives associées à l’hydrogène vert, s’inscrivent dans cette logique de souveraineté énergétique de long terme. À plus court terme, la diversification des fournisseurs de gaz naturel liquéfié et le recours accru aux interconnexions électriques avec l’Espagne offrent une flexibilité d’approvisionnement.

Le royaume bénéficie par ailleurs d’un positionnement diplomatique singulier, maintenant des canaux ouverts avec l’ensemble des protagonistes régionaux. Cette posture d’équilibre, héritée d’une tradition de non-alignement pragmatique, pourrait s’avérer précieuse si le conflit venait à perturber durablement les routes maritimes du détroit d’Ormuz, par lesquelles transite une part significative du pétrole consommé en Méditerranée. Les autorités économiques surveillent en particulier l’évolution des primes de fret et d’assurance, dont la progression pèserait sur le coût final des cargaisons débarquées dans les ports atlantiques du royaume.

L’issue du conflit au Moyen-Orient déterminera largement l’ampleur du contrecoup inflationniste subi par l’économie marocaine. Plus la séquence de tension s’étirera, plus les effets de second tour, via les salaires et les marges des entreprises, risqueront de s’installer dans la dynamique des prix. Selon Le Monde Afrique, le royaume chérifien se trouve aujourd’hui en première ligne parmi les économies nord-africaines exposées à ce choc externe.

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