Absa étudie les règlements en yuan pour le commerce africain

Close-up of hands holding a one Chinese Yuan note, showcasing currency details.Photo : cottonbro studio / Pexels

L’établissement sud-africain Absa, l’un des principaux groupes bancaires du continent, explore activement la mise en place de solutions de paiement libellées en yuan pour accompagner le commerce africain avec la Chine. La démarche, encore à l’étude, témoigne de l’intérêt croissant des grandes institutions financières du continent pour la devise chinoise, dont le poids dans les transactions transfrontalières ne cesse de s’accroître. Pour Absa, il s’agit d’offrir à ses clients corporate une alternative crédible au dollar américain, longtemps incontournable dans le règlement des échanges sino-africains.

Une réponse au poids croissant de la Chine dans le commerce africain

La Chine demeure le premier partenaire commercial de l’Afrique depuis plus d’une décennie, avec un volume d’échanges qui dépasse régulièrement les 250 milliards de dollars annuels. Pékin pousse activement l’internationalisation du renminbi, notamment via le système de paiement transfrontalier CIPS (Cross-Border Interbank Payment System), conçu pour offrir une alternative au réseau SWIFT dominé par l’Occident. Plusieurs banques centrales africaines, dont celles du Nigeria, du Ghana ou de l’Afrique du Sud, ont déjà signé des accords de swap en yuan avec la Banque populaire de Chine.

Dans ce contexte, l’initiative d’Absa apparaît comme une réponse pragmatique aux besoins exprimés par les importateurs et exportateurs africains. Régler directement en yuan permet de raccourcir les chaînes de conversion, de réduire l’exposition à la volatilité du dollar et de gagner sur les coûts de change. Pour les industriels qui s’approvisionnent massivement en biens d’équipement et en intrants chinois, l’avantage est tangible.

Une stratégie qui s’inscrit dans la dédollarisation rampante

Le mouvement engagé par la banque sud-africaine épouse une tendance de fond. Les pays des BRICS, dont l’Afrique du Sud est membre fondateur, multiplient les initiatives visant à réduire la dépendance aux devises occidentales dans leurs échanges bilatéraux. L’élargissement du bloc, acté lors du sommet de Johannesburg en 2023, a renforcé cette dynamique avec l’arrivée de nouveaux poids lourds énergétiques et démographiques.

Pour Absa, structurer une offre yuan suppose toutefois un effort technique et réglementaire substantiel. Il faut établir des relations de correspondance bancaire solides avec les grandes institutions chinoises, se connecter au CIPS, et obtenir les autorisations nécessaires auprès des régulateurs sud-africains et chinois. Le groupe dispose déjà d’une présence dans une douzaine de pays africains, ce qui lui confère un avantage de réseau pour déployer une telle offre à l’échelle régionale.

Les concurrents ne sont pas en reste. Standard Bank, dont Industrial and Commercial Bank of China (ICBC) détient une part significative, a depuis longtemps positionné le yuan comme un axe stratégique. Standard Chartered et HSBC proposent également des services en renminbi sur plusieurs places africaines. Absa entend désormais combler cet écart et capter une part de la clientèle d’entreprises tournée vers l’Asie.

Des défis techniques et géopolitiques persistants

Reste que l’adoption du yuan se heurte à plusieurs obstacles structurels. La devise chinoise demeure partiellement convertible, soumise au contrôle des capitaux décidé par Pékin. Sa liquidité sur les marchés africains reste limitée, et les instruments de couverture du risque de change moins développés que pour le dollar ou l’euro. Les entreprises africaines doivent également composer avec la pression de leurs partenaires occidentaux, attentifs à toute évolution susceptible de fragiliser leurs propres circuits financiers.

Par ailleurs, l’environnement géopolitique complique la donne. Les sanctions américaines visant certaines entités chinoises ou russes incitent les banques africaines à la prudence pour éviter tout risque de conformité. Absa, qui opère sur des marchés internationaux et dispose d’une exposition au dollar, devra calibrer finement son offre pour ne pas s’exposer à des mesures secondaires.

Concrètement, le projet pourrait se déployer par étapes, en commençant par les corridors commerciaux les plus actifs, notamment ceux reliant l’Afrique australe aux ports chinois. Les secteurs minier, manufacturier et agroalimentaire figurent parmi les premiers bénéficiaires potentiels. Si l’initiative se concrétise, elle marquera une nouvelle étape dans la diversification monétaire des flux commerciaux africains et confortera Johannesburg comme hub financier régional. Selon Financial Afrik, la réflexion d’Absa traduit la volonté des grandes banques du continent d’anticiper la recomposition des équilibres monétaires mondiaux.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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