L’exploitation illégale de l’or au Cameroun continue d’éroder massivement les finances publiques. Les pertes encaissées par l’État sont estimées à 22,5 millions de dollars, soit environ 13,5 milliards de FCFA, un manque à gagner qui résulte du contournement des taxes, des redevances minières et des droits d’exportation par des réseaux informels actifs dans les régions aurifères du pays. Ce chiffre traduit l’ampleur d’une économie parallèle bien installée, principalement dans l’Est et l’Adamaoua, deux zones où l’orpaillage artisanal coexiste avec des opérateurs étrangers peu contrôlés.
Une production aurifère largement détournée des circuits officiels
La filière camerounaise de l’or souffre depuis plusieurs années d’un décalage abyssal entre les volumes effectivement extraits et ceux déclarés aux administrations compétentes. La majorité de la production échappe au Cadre d’appui et de promotion de l’artisanat minier (CAPAM), structure créée pour canaliser l’or artisanal vers les caisses publiques via un mécanisme de prélèvement de 15 % au profit de l’État. Faute d’un maillage suffisant sur les sites d’exploitation, la collecte officielle reste marginale au regard du potentiel réel.
Sur le terrain, les opérateurs chinois, sud-coréens et maliens se taillent une part déterminante de l’activité, souvent en partenariat avec des détenteurs locaux de permis. Les autorités camerounaises pointent régulièrement des pratiques d’extraction industrielle dissimulées sous le statut d’orpaillage semi-mécanisé, fiscalement plus avantageux. Cette requalification de fait permet aux exploitants d’éviter les obligations attachées aux permis d’exploitation à plus grande échelle, tout en exportant le métal jaune via des circuits qui contournent les contrôles douaniers.
Pression budgétaire et tentatives de reprise en main
Pour Yaoundé, la perte de 22,5 millions de dollars n’est pas anodine. Elle intervient alors que le Cameroun négocie son cadrage budgétaire avec le Fonds monétaire international et cherche à élargir son assiette fiscale au-delà des hydrocarbures, dont les recettes s’effritent. Le secteur minier hors hydrocarbures est ouvertement présenté par les autorités comme l’un des leviers de diversification de l’économie nationale, au même titre que la bauxite de Minim-Martap ou le fer de Mbalam.
Plusieurs initiatives ont été lancées ces dernières années pour endiguer la fuite des recettes. La création de la Société nationale des mines (SONAMINES) en 2020 visait précisément à donner à l’État un opérateur capable de superviser, voire de participer directement aux activités d’extraction. La structure a depuis pris en charge la commercialisation de l’or issu de l’artisanat minier, mais ses moyens humains et logistiques demeurent en deçà des besoins, sur un territoire où les sites clandestins se multiplient.
Un enjeu de souveraineté et de stabilité régionale
Au-delà de la dimension fiscale, l’orpaillage illégal soulève des questions sécuritaires de plus en plus pressantes. Les régions frontalières avec la République centrafricaine sont traversées par des flux d’or non tracés qui alimentent parfois des groupes armés actifs dans le bassin du lac Tchad et dans la zone des trois frontières. Le contrôle de la filière revêt ainsi une dimension stratégique pour les services camerounais, qui collaborent ponctuellement avec leurs homologues centrafricains et tchadiens.
La question environnementale s’ajoute au dossier. Les sites artisanaux laissés à l’abandon après extraction provoquent des dégâts importants sur les écosystèmes forestiers et les cours d’eau, en particulier dans la région de l’Est. Plusieurs accidents mortels ont été recensés ces derniers mois sur des chantiers non sécurisés, renforçant la pression sur le gouvernement pour assainir le secteur.
Reste que la sortie de cette zone grise suppose un investissement durable dans le contrôle territorial, la formalisation des coopératives artisanales et la lutte contre les complicités administratives qui rendent possible l’exportation frauduleuse. Sans ces leviers, les 22,5 millions de dollars annoncés risquent de n’être qu’une estimation basse d’un manque à gagner appelé à croître avec le cours du métal jaune sur les marchés internationaux. Selon Financial Afrik.
Pour aller plus loin
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