La Syrie post-Assad se trouve confrontée à une double pression sécuritaire que met en lumière le quotidien libanais Al Akhbar. D’un côté, l’organisation État islamique (Daech) chercherait à tirer profit des affrontements communautaires qui ressurgissent dans plusieurs régions du pays. De l’autre, le nouveau président de transition, Ahmad al-Chareh, oppose une fin de non-recevoir à toute négociation concernant le statut des combattants étrangers ayant rejoint les rangs des factions armées durant la guerre civile.
Daech à l’affût des fractures syriennes
Selon les éléments rapportés, l’organisation jihadiste, que beaucoup considéraient affaiblie depuis la chute de son califat territorial en 2019, profiterait des tensions actuelles pour relancer son recrutement et ses opérations. Les heurts entre composantes communautaires, notamment dans les zones désertiques de l’est et dans certaines provinces côtières, offriraient à Daech un terrain propice à la réinfiltration. La structure clandestine du groupe, longtemps en sommeil dans la Badia syrienne, exploiterait chaque flambée locale pour repositionner ses cellules.
Cette stratégie de l’attente n’est pas nouvelle. Depuis la perte de Baghouz, l’organisation a privilégié les actions asymétriques : attaques contre des positions isolées, embuscades dans les zones rurales, prélèvements forcés sur les civils. Le contexte de transition politique amplifie sa marge de manœuvre. L’effondrement de l’ancien appareil sécuritaire baasiste, conjugué à la difficulté pour les nouvelles autorités d’imposer un maillage uniforme sur l’ensemble du territoire, crée des angles morts que Daech sait exploiter.
Chareh refuse tout compromis sur les combattants étrangers
Sur le second front, la position d’Ahmad al-Chareh apparaît tranchée. Le dirigeant, ancien chef de Hay’at Tahrir al-Cham devenu visage de la nouvelle Syrie, écarte toute idée de règlement ou de réintégration négociée pour les combattants étrangers présents dans le pays. Cette ligne dure tranche avec certaines attentes formulées par des chancelleries occidentales et arabes, qui plaident pour des mécanismes de tri, de rapatriement ou de poursuites judiciaires encadrées.
La question des combattants étrangers constitue l’un des dossiers les plus sensibles de la transition syrienne. Plusieurs milliers de ressortissants venus d’Asie centrale, du Caucase, du Maghreb et d’Europe occidentale se sont implantés dans le pays au fil de la décennie de conflit. Certains ont obtenu des nationalités syriennes ou intégré les structures militaires des factions victorieuses. Leur statut futur conditionne autant la stabilité interne que les relations de Damas avec ses partenaires internationaux.
En refusant toute « tasswiya », terme arabe désignant un règlement à l’amiable, Chareh adresse plusieurs signaux. Il rassure d’abord sa base idéologique, attachée à la solidarité avec les volontaires venus combattre Bachar al-Assad. Il indique ensuite que la Syrie ne servira pas de variable d’ajustement aux préoccupations sécuritaires extérieures. Reste que cette posture risque de compliquer les négociations de levée des sanctions et la normalisation diplomatique recherchée par Damas.
Une équation régionale à hauts risques
Les deux dossiers se nourrissent l’un l’autre. Une recrudescence de Daech alimenterait les craintes des voisins immédiats, en particulier l’Irak, la Jordanie et la Turquie, déjà sur le qui-vive. Le maintien sur place de combattants étrangers, qu’ils soient affiliés aux nouvelles structures de pouvoir ou résiduels, brouille la lecture sécuritaire et complique la coopération antiterroriste. Pour les capitales du Golfe engagées dans un rapprochement prudent avec Damas, l’arbitrage devient délicat.
La position de Chareh traduit également un calcul interne. Désarmer ou expulser ces vétérans aguerris exposerait son pouvoir à des ruptures dangereuses, alors même que la consolidation des forces de sécurité demeure inachevée. À l’inverse, leur intégration définitive risque de figer une partie du territoire dans une logique de bastion idéologique difficilement compatible avec les engagements internationaux que la nouvelle Syrie cherche à prendre.
Entre la menace résiduelle de Daech et la gestion d’un héritage humain encombrant, le pouvoir syrien avance sur une ligne de crête. Les prochains mois diront si la fermeté affichée à Damas se traduit par une maîtrise opérationnelle réelle ou si les fissures sécuritaires finissent par s’élargir. Selon Al Akhbar, les deux dynamiques se déploient déjà en parallèle sur le terrain.
Pour aller plus loin
L’Iran crée une autorité dédiée à la gestion du détroit d’Ormuz · Liban : Hussein Hajj Hassan alerte sur un canal sécuritaire au Pentagone · Al Akhbar : Israël englué dans une guerre d’usure régionale

Be the first to comment on "Syrie : Daech exploite les heurts, Chareh ferme la porte aux jihadistes étrangers"