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La hausse des prix de l’or atteint 62,9% sur un an au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) pour le mois de mars 2026. Cette progression, mesurée sur les marchés internationaux et répercutée sur les ventes des producteurs ouest-africains, marque l’une des plus fortes accélérations enregistrées sur la dernière décennie. Elle profite directement aux États miniers de la zone, à commencer par le Mali, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Niger, dont les recettes d’exportation reposent désormais en grande partie sur le métal précieux.
Une dynamique de prix tirée par l’incertitude mondiale
Le mouvement haussier observé en mars 2026 prolonge une tendance amorcée depuis plusieurs trimestres. L’or, traditionnellement perçu comme valeur refuge, profite de la conjonction de tensions géopolitiques persistantes, d’une politique monétaire encore prudente des grandes banques centrales et d’une demande soutenue de la part des investisseurs institutionnels. Les achats des banques centrales émergentes, en particulier en Asie, soutiennent également un plancher de prix élevé.
Pour les économies de l’UEMOA, cette inflation du métal jaune se traduit par un effet d’aubaine sur la balance commerciale. Les exportations d’or représentent déjà plus de 75% des ventes extérieures du Mali et du Burkina Faso, et une part croissante des recettes ivoiriennes et sénégalaises. Une appréciation de près de deux tiers du prix moyen, à production constante, peut générer un surcroît de devises considérable, dans un contexte où la zone reste attentive à la stabilité de ses réserves de change.
Un effet d’entraînement inégal selon les pays
L’impact budgétaire de cette flambée diffère cependant nettement d’un État à l’autre. Au Mali, qui a relevé sa fiscalité minière à travers le nouveau code adopté en 2023, l’État capte une part accrue de la rente. Le Burkina Faso suit une trajectoire comparable, après avoir renforcé ses prélèvements et exigé une participation plus importante de l’État dans plusieurs projets industriels. Ces deux pays, confrontés à des besoins budgétaires considérables liés aux dépenses de sécurité, voient dans la hausse des cours une bouffée d’oxygène stratégique.
À l’inverse, la Côte d’Ivoire et le Sénégal, dont la production progresse mais reste plus modeste, bénéficient d’un effet de revenu sans bouleversement structurel. Le Niger, intégré aux statistiques de l’UEMOA, voit sa filière aurifère artisanale et semi-industrielle prendre une dimension nouvelle, alors que les recettes d’uranium ont été perturbées ces dernières années.
Souveraineté minière et arbitrages budgétaires
La conjoncture nourrit également un débat de fond sur la captation locale de la valeur. Plusieurs gouvernements de la zone ont engagé des renégociations de contrats miniers, voire des reprises d’actifs, pour rééquilibrer le partage des bénéfices avec les majors étrangères, notamment canadiennes, australiennes et britanniques. La hausse de 62,9% des prix renforce mécaniquement l’argumentaire des autorités en faveur d’un alignement plus favorable aux intérêts nationaux.
La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) surveille de près l’impact macroéconomique de cette dynamique. L’afflux de devises liées à l’or peut soutenir les réserves communes adossées au franc CFA, mais il accentue aussi la dépendance de plusieurs économies à un produit volatil. Le Fonds monétaire international a régulièrement alerté sur la nécessité de diversifier les bases d’exportation des pays miniers de la sous-région, sous peine de subir un retour de balancier en cas de retournement des cours.
Reste un point de vigilance : la part de la production artisanale, encore largement informelle, échappe pour une fraction significative aux statistiques officielles et aux circuits fiscaux. Le renchérissement du métal accentue le risque de contrebande et de détournement vers des plateformes régionales, notamment au Moyen-Orient, où transitent historiquement des volumes importants d’or ouest-africain. Plusieurs autorités envisagent un renforcement des dispositifs de traçabilité et de raffinage local, à l’image des projets engagés par Bamako et Ouagadougou. Selon Financial Afrik.
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