Africa N°1 : Libreville négocie la recomposition du capital avec Tripoli

Two people in a radio studio broadcasting a show, featuring professional equipment and microphones with a blue theme.Photo : Yusuf Çelik / Pexels

La radio Africa N°1 redevient un dossier prioritaire pour les autorités gabonaises. À Libreville, une réunion ministérielle d’urgence a été tenue cette semaine afin de cadrer la position de l’État avant l’arrivée annoncée d’une délégation libyenne. L’objectif affiché est clair : reprendre la main sur la gouvernance d’une station historique, longtemps considérée comme la voix panafricaine par excellence, et négocier une nouvelle architecture actionnariale avec Tripoli. La rencontre prévue dans les prochains jours doit poser les bases d’une recomposition du capital, après plusieurs années de paralysie opérationnelle et juridique.

Une réunion ministérielle pour cadrer la stratégie gabonaise

La séance de travail organisée à Libreville a réuni les départements ministériels concernés par le dossier, de la Communication aux Finances, en passant par les services juridiques de l’État. Il s’agissait, selon les éléments transmis, de définir une feuille de route commune avant l’ouverture des discussions bilatérales. Le gouvernement gabonais entend aborder les négociations avec une position consolidée, après des années marquées par les contentieux entre actionnaires et par l’arrêt prolongé des émissions de la radio.

La question du contrôle juridique de la société est centrale. Africa N°1, longtemps détenue conjointement par l’État gabonais et des partenaires étrangers, dont la Libye, a vu sa gouvernance se déliter au fil des secousses politiques régionales. La chute du régime libyen en 2011 avait gelé une partie des arbitrages capitalistiques, sans qu’aucune solution durable ne soit trouvée depuis. Libreville cherche désormais à clarifier la répartition des parts et à sécuriser un cadre de relance.

La Libye, partenaire historique et levier de la recomposition

La délégation libyenne attendue dans la capitale gabonaise doit ouvrir un cycle de négociations sur la place que Tripoli conservera, ou non, dans le tour de table. Les autorités libyennes restent juridiquement actionnaires, héritage des accords scellés sous l’ancien régime de Mouammar Kadhafi, qui avait fait d’Africa N°1 un instrument d’influence continentale. La transition politique libyenne, encore inachevée, complique l’identification des interlocuteurs habilités à engager la signature d’un nouveau pacte d’actionnaires.

Pour le Gabon, l’enjeu dépasse la simple ingénierie financière. La radio, créée en 1981 et émettant depuis Moyabi dans le sud du pays, a constitué pendant des décennies un vecteur de soft power pour Libreville sur l’ensemble du continent. Sa relance représente un signal politique fort, à un moment où les autorités issues de la transition cherchent à repositionner le Gabon sur la scène diplomatique régionale. La maîtrise de la chaîne capitalistique conditionne aussi la capacité à attirer de nouveaux partenaires techniques et commerciaux.

Relance industrielle et souveraineté médiatique en ligne de mire

Au-delà du règlement actionnarial, le dossier suppose un volet industriel lourd. Les installations techniques de Moyabi, autrefois parmi les plus puissantes d’Afrique en ondes courtes, nécessitent une remise à niveau substantielle pour rivaliser avec les plateformes numériques qui dominent désormais l’audience continentale. La modernisation des studios librevillois, la migration vers la diffusion FM élargie et la distribution numérique figurent parmi les chantiers évoqués dans les cercles gouvernementaux.

La recomposition du capital pourrait également ouvrir la voie à l’entrée de nouveaux investisseurs, africains ou privés, afin de diluer la dépendance bilatérale et d’apporter les ressources nécessaires à la relance éditoriale. Plusieurs scénarios circulent, de la réduction de la part libyenne au maintien d’un partenariat resserré assorti de garanties opérationnelles. Aucune option n’a encore été tranchée publiquement par les autorités gabonaises, qui privilégient la discrétion en amont des discussions.

Reste que le calendrier se resserre. La rencontre avec la délégation libyenne doit fixer un cadre, sinon un calendrier précis, pour les arbitrages à venir. Le succès de l’opération conditionnera la capacité du Gabon à transformer Africa N°1 en outil de rayonnement renouvelé, dans un paysage médiatique africain en pleine recomposition. Selon Gabon Review, la réunion ministérielle tenue à Libreville visait précisément à anticiper ces échéances et à reprendre le contrôle stratégique de la radio panafricaine.

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Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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