Le secteur électrique sénégalais entre dans une phase de recomposition. Le ministre de l’Énergie, du Pétrole et des Mines, Birame Souleye Diop, a confirmé la reprise par l’État de West African Energy (WAE), opérateur de production privé, avec un prix du kilowattheure ramené à 60 francs CFA. L’annonce, qui intervient dans un contexte de chantier global du mix énergétique national, illustre la volonté des autorités de Dakar de rééquilibrer les coûts de production en faveur du consommateur final et de la compétitivité industrielle.
Une reprise stratégique pour la souveraineté énergétique sénégalaise
La reprise de WAE par la puissance publique s’inscrit dans la doctrine défendue par le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye depuis son installation : reprendre la main sur les infrastructures jugées critiques pour la souveraineté économique. Le secteur de l’électricité, longtemps marqué par des contrats de production indépendante (IPP) jugés coûteux, figure parmi les premiers chantiers de cette réorientation. En internalisant l’outil de production, l’État entend peser directement sur la structure de coûts de la Société nationale d’électricité (Senelec), dont le déficit de trésorerie pèse chroniquement sur les finances publiques.
Le tarif cible de 60 francs CFA le kilowattheure annoncé par Birame Souleye Diop tranche avec les niveaux pratiqués par certains producteurs privés sous contrats antérieurs. Concrètement, cette baisse du prix d’achat en sortie de centrale doit permettre à Senelec de reconstituer ses marges, voire de répercuter une partie du gain sur la facture des ménages et des entreprises. Pour le tissu industriel sénégalais, où le coût de l’électricité reste un facteur de compétitivité majeur, le signal est attendu de longue date.
WAE, pièce maîtresse du mix électrique national
West African Energy occupe une place singulière dans le paysage énergétique du pays. Adossée à des capitaux sénégalais, la société portait l’ambition de devenir un champion national de la production électrique, avec un projet de centrale au gaz naturel destiné à valoriser les ressources des champs offshore. Sa reprise par l’État replace donc l’outil dans une logique de planification publique, articulée autour de la mise en exploitation progressive du gaz du projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA), opéré conjointement avec la Mauritanie.
L’enjeu dépasse la seule équation tarifaire. En reprenant WAE, l’État se dote d’un levier pour orienter la transition du parc électrique vers le gaz domestique, en substitution progressive du fioul lourd encore massivement consommé. Cette bascule, déjà engagée à travers le programme « Gas to Power », doit théoriquement faire chuter le coût moyen de production tout en réduisant l’empreinte carbone du secteur. Le tarif de 60 FCFA évoqué par le ministre s’inscrit dans cette trajectoire de convergence entre disponibilité du gaz national et baisse des charges de combustible.
Un signal politique fort pour les investisseurs et les bailleurs
La décision intervient dans un contexte sensible pour Dakar, en discussion avec ses partenaires financiers internationaux sur la soutenabilité de sa dette et la trajectoire budgétaire. La renationalisation, même partielle, d’actifs énergétiques peut soulever des interrogations chez les investisseurs privés et les institutions de Bretton Woods, attentives à la stabilité des contrats. Les autorités sénégalaises devront sécuriser le cadre juridique et financier de l’opération pour éviter tout contentieux et préserver l’attractivité du pays.
Reste que le message politique est clair : le nouveau pouvoir entend démontrer, par des actes tangibles, sa capacité à abaisser le coût de la vie et à soutenir le pouvoir d’achat. La baisse du kilowattheure, si elle se traduit effectivement dans les factures, viendra s’ajouter aux mesures déjà prises sur les denrées de base. Pour Birame Souleye Diop, qui pilote également le dossier sensible de la renégociation des contrats pétroliers et gaziers, le dossier WAE constitue un test de crédibilité de la doctrine de souveraineté économique défendue par l’exécutif.
Les prochains mois diront si l’opération produit les effets attendus sur les comptes de Senelec et sur la structure tarifaire nationale. La modernisation du parc, la montée en charge du gaz domestique et la maîtrise des coûts financiers de la reprise constitueront les principales variables à surveiller. Selon PressAfrik, le ministre a réitéré l’engagement du gouvernement à faire de l’accès à une électricité abordable un pilier de sa politique économique.
Pour aller plus loin
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