Mali : le FLA rejette l’étiquette terroriste après l’attaque du 25 avril

Three horseback riders in uniforms survey the sandy desert environment under a clear blue sky.Photo : Guduru Ajay bhargav / Pexels

Le Front de libération de l’Azawad (FLA), principale coalition rebelle indépendantiste du nord du Mali, a diffusé durant le week-end un communiqué destiné à récuser le qualificatif de mouvement terroriste. Cette étiquette est désormais employée à son endroit par les autorités de transition à Bamako, mais aussi par plusieurs chancelleries et organisations internationales depuis les opérations coordonnées du 25 avril. Au cours de ces attaques, le ministre malien de la Défense, le général Sadio Camara, a trouvé la mort. Plusieurs emprises militaires ont été frappées simultanément, dans le cadre d’une action menée de concert avec le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (Jnim), katiba affiliée à al-Qaïda au Maghreb islamique.

Une bataille sémantique aux retombées diplomatiques

La qualification de terroriste n’est pas un simple débat de vocabulaire. Elle conditionne le régime juridique applicable aux combattants capturés, le gel d’avoirs, l’inscription sur les listes onusiennes ou européennes de personnes sanctionnées, et surtout la fenêtre de toute négociation politique future. Pour Bamako, faire entrer le FLA dans la catégorie des organisations terroristes revient à fermer durablement la porte aux pourparlers et à légitimer une réponse strictement militaire. Pour les rebelles touaregs et arabes regroupés dans la coalition, accepter cette désignation signifierait perdre toute reconnaissance d’acteur politique et tout espoir de retour sur la scène diplomatique régionale.

Les signataires du communiqué défendent une lecture historique et juridique de leur combat. Ils rappellent que le mouvement s’inscrit dans la longue séquence des revendications autonomistes de l’Azawad, ouverte dès les années 1960 et relancée à plusieurs reprises depuis. Ils mettent en avant les accords d’Alger de 2015, signés sous parrainage international, dont l’application n’a selon eux jamais été menée à terme par les autorités centrales. À leurs yeux, la rupture du processus de paix par la junte au pouvoir et le départ de la mission onusienne Minusma en 2023 ont reconfiguré le rapport de forces au profit d’une logique purement guerrière.

L’alliance avec le Jnim, point de fracture

Le principal angle d’attaque des détracteurs du FLA tient à la coordination opérationnelle affichée avec le Jnim lors des assauts du 25 avril. Pour Bamako, ses alliés de l’Alliance des États du Sahel et plusieurs partenaires occidentaux, cette convergence tactique avec une organisation explicitement liée à al-Qaïda suffit à faire basculer la coalition rebelle dans la même catégorie. La doctrine antiterroriste internationale, depuis 2001, considère en effet qu’un soutien matériel ou opérationnel à une entité listée engage la responsabilité de l’auxiliaire.

Le FLA tente de découpler ces deux dimensions. Sa direction politique soutient que la coordination ponctuelle de cibles militaires ne constitue pas une fusion idéologique. Les indépendantistes, majoritairement issus des communautés touarègues et arabes du nord, revendiquent un projet politique territorial et laïc, sans agenda transnational ni programme d’application d’une charia rigoriste. Reste que sur le terrain, depuis la reprise de Kidal par l’armée malienne et ses supplétifs russes en novembre 2023, les zones d’opération et les chaînes logistiques des deux mouvements se chevauchent dans plusieurs régions du septentrion.

Un enjeu stratégique pour la transition malienne

La mort du général Sadio Camara, figure centrale de l’appareil sécuritaire de la transition et architecte du partenariat avec Moscou via les forces russes africaines, change la donne politique à Bamako. Sa disparition prive le pouvoir d’un de ses piliers et exerce une pression sur le chef de l’État, le général Assimi Goïta, sommé de réagir avec fermeté. Dans ce contexte, qualifier le FLA de mouvement terroriste fournit un cadre narratif clair pour mobiliser l’opinion intérieure et solliciter un appui élargi des partenaires régionaux, notamment le Burkina Faso et le Niger au sein de l’AES.

Sur le plan international, plusieurs capitales hésitent encore. Algérie, médiateur historique du dossier nord-malien, conserve une lecture nuancée et continue de distinguer les groupes signataires des accords d’Alger des organisations jihadistes. Cette divergence d’appréciation pourrait peser sur les arbitrages onusiens à venir. La séquence ouverte le 25 avril dépasse donc largement la dimension sécuritaire immédiate. Elle redéfinit les lignes de partage diplomatique autour du Sahel et conditionne la possibilité même d’un règlement politique de la question azawadienne. Selon RFI Afrique.

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About the Author

Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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