Le choix de Nairobi pour le prochain sommet Afrique-France n’a rien d’anodin. En retenant la capitale kényane, Emmanuel Macron rompt avec une tradition diplomatique qui a longtemps cantonné ce rendez-vous aux capitales d’Afrique francophone ou aux villes hexagonales. Le déplacement géographique du sommet vers l’Afrique de l’Est anglophone illustre une volonté d’élargir le spectre du partenariat franco-africain, à l’heure où Paris voit son influence s’éroder dans plusieurs pays du Sahel et du golfe de Guinée.
Un repositionnement diplomatique vers l’Afrique de l’Est
Depuis la rupture des accords de défense avec Bamako, Ouagadougou et Niamey, puis le retrait progressif des forces françaises du Tchad et du Sénégal, l’Élysée cherche de nouveaux relais d’influence sur le continent. Le Kenya, économie la plus dynamique de la Communauté d’Afrique de l’Est, s’est imposé comme un partenaire de choix. Nairobi abrite déjà le siège régional de plusieurs agences des Nations unies et constitue une plateforme financière reconnue, avec une Bourse parmi les plus actives du continent.
Le président William Ruto, arrivé au pouvoir en 2022, a multiplié les signaux d’ouverture vers Paris. Sa visite d’État en France et la signature de plusieurs accords bilatéraux ont préparé le terrain à cette consécration diplomatique. Pour la France, le sommet de Nairobi est l’occasion de matérialiser un pivot stratégique vers les économies anglophones, de l’Éthiopie à l’Afrique du Sud en passant par le Nigeria, dont le poids démographique et économique pèse désormais davantage que celui des anciennes colonies.
Le dernier rendez-vous d’un mandat sous tension
Ce sommet sera le dernier du genre pour Emmanuel Macron, dont le second mandat s’achève en 2027. Il intervient dans un contexte de défiance persistante d’une partie de la jeunesse africaine à l’égard de la politique française. Les manifestations anti-françaises au Sahel, la contestation du franc CFA et la remise en cause des bases militaires hexagonales ont profondément modifié la grammaire des relations entre Paris et le continent. Le chef de l’État français avait pourtant placé la rénovation de cette relation au cœur de son discours de Ouagadougou en 2017, puis du sommet de Montpellier en 2021, où il avait choisi de dialoguer directement avec la société civile plutôt qu’avec les chefs d’État.
À Nairobi, l’exercice s’annonce différent. Le format devrait privilégier les enjeux économiques concrets : financement des infrastructures, transition énergétique, économie numérique, agriculture. La France entend y défendre la place de ses entreprises face à la concurrence chinoise, turque, indienne et émiratie, dont les parts de marché ont bondi dans la dernière décennie. Les groupes français présents au Kenya, de TotalEnergies à Bolloré Logistics en passant par Schneider Electric, comptent capitaliser sur ce moment diplomatique pour décrocher de nouveaux contrats.
Souveraineté économique et nouvelles alliances
Le sommet de Nairobi devrait également mettre l’accent sur la souveraineté financière et industrielle des partenaires africains. La Banque africaine de développement (BAD) et plusieurs institutions de financement européennes y présenteront des mécanismes destinés à mobiliser l’épargne continentale. La question de la dette souveraine, particulièrement aiguë pour le Kenya dont le service de la dette absorbe une part croissante des recettes fiscales, s’invitera nécessairement dans les discussions.
Au-delà du symbole, le déplacement du sommet à Nairobi acte une mutation profonde. La diplomatie française reconnaît désormais que l’Afrique francophone ne saurait, à elle seule, structurer sa relation avec le continent. Les écosystèmes technologiques de Nairobi, Lagos, Kigali ou Le Cap, l’attractivité des marchés est-africains et la centralité géopolitique de la Corne de l’Afrique imposent une approche pluraliste. Reste à savoir si ce dernier sommet du mandat Macron parviendra à dessiner un cadre durable, susceptible d’être repris par son successeur, ou s’il restera comme l’ultime tentative d’un quinquennat marqué par les revers africains.
Le calendrier précis et la liste des chefs d’État attendus à Nairobi seront communiqués dans les prochaines semaines par la présidence française et son homologue kényane. Selon Financial Afrik, ce choix s’inscrit dans une recomposition assumée des priorités africaines de Paris.
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