Aliko Dangote prépare une nouvelle méga-raffinerie au Nigéria

A detailed view of industrial pipelines in a Saudi Arabian factory setting.Photo : Mumtaz Niazi / Pexels

L’homme le plus riche d’Afrique remet les hydrocarbures au cœur de sa stratégie industrielle. Aliko Dangote entend lancer la construction d’une nouvelle méga-raffinerie au Nigéria, prolongement logique de l’unité de Lekki inaugurée près de Lagos et dont la montée en cadence a déjà bousculé les équilibres régionaux du raffinage. L’industriel nigérian confirme ainsi son pari : faire du pays le principal hub de produits pétroliers de l’Afrique de l’Ouest, à rebours de décennies d’exportation de brut et d’importation massive de carburants.

Un second site pour verrouiller le marché nigérian du raffinage

La raffinerie de Lekki, d’une capacité nominale de 650 000 barils par jour, est à ce jour la plus importante du continent. Sa mise en service progressive a permis au Nigéria, premier producteur de pétrole brut en Afrique, de réduire sensiblement ses importations d’essence et de diesel, longtemps absurdes au regard de ses réserves. Le lancement d’un second site viendrait densifier ce dispositif et amortir les tensions persistantes sur l’approvisionnement intérieur, dans un pays de plus de 220 millions d’habitants.

Le groupe Dangote n’a pas encore détaillé publiquement la localisation précise, la capacité cible ni le calendrier du nouveau complexe. L’annonce intervient toutefois alors que l’industriel multiplie les signaux d’expansion dans l’aval pétrolier, des engrais à la pétrochimie, en s’appuyant sur les infrastructures logistiques déjà déployées autour de Lekki. Le modèle intégré, de l’amont au raffinage, demeure la colonne vertébrale de cette stratégie.

Une ambition continentale face aux importations européennes

L’enjeu dépasse largement les frontières nigérianes. Avant la mise en route de Lekki, l’Afrique de l’Ouest importait l’essentiel de son essence depuis les terminaux néerlandais et belges, avec des spécifications souvent critiquées pour leur teneur en soufre. L’irruption d’un outil de raffinage local de grande taille a rebattu les cartes : les négociants européens ont vu leurs débouchés se contracter, tandis que plusieurs pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) se sont tournés vers la production nigériane.

Un second site renforcerait cette dynamique de substitution. Il permettrait au groupe Dangote d’arbitrer plus finement entre approvisionnement intérieur et exportations régionales, tout en captant une part croissante de la demande d’un continent dont la consommation de carburants progresse avec l’urbanisation et l’essor du transport routier. Le pari industriel rejoint ici un objectif politique rarement atteint : doter l’Afrique de capacités de transformation à la hauteur de ses ressources.

Des défis financiers et techniques considérables

Reste que le chantier de Lekki, initié en 2013 et inauguré en 2023, a illustré la complexité d’un tel projet. Retards successifs, inflation des coûts, difficultés d’approvisionnement en brut local auprès de la Nigerian National Petroleum Company (NNPC) : la trajectoire du premier complexe rappelle que le raffinage lourd reste l’un des métiers industriels les plus capitalistiques et les plus exposés aux cycles. Le financement d’une seconde unité exigera vraisemblablement un tour de table combinant banques locales, prêteurs internationaux et éventuels partenaires stratégiques.

La volatilité des marges de raffinage, tirées vers le haut depuis la guerre en Ukraine mais appelées à se normaliser, pèsera également dans l’équation. À cela s’ajoute la question de la transition énergétique, qui incite certains majors européens à désinvestir du raffinage, là où Aliko Dangote choisit au contraire d’y accroître son exposition. L’industriel parie sur un plateau de demande durable en Afrique, porté par une démographie et un équipement automobile encore en croissance.

Par ailleurs, le nouveau projet pourrait s’articuler avec la montée en puissance des exportations nigérianes de produits raffinés vers le Sahel, le golfe de Guinée et l’Afrique centrale, marchés aujourd’hui fragmentés et largement dépendants de flux extérieurs. Si la seconde raffinerie voit le jour dans les délais escomptés, elle consoliderait durablement la place du Nigéria dans l’architecture énergétique africaine. Selon Seneweb, l’homme d’affaires entend officialiser prochainement les contours de ce nouvel investissement.

Pour aller plus loin

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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