La Chine rebat les cartes de sa sécurité énergétique et oriente ses capitaux vers l’Afrique du Nord. Premier importateur mondial de brut, le pays consomme chaque jour plus de onze millions de barils en provenance de l’étranger, dont une part déterminante transite par le détroit d’Ormuz. Les tensions ouvertes au Moyen-Orient et la vulnérabilité de ce goulet stratégique ont convaincu Pékin d’accélérer la diversification géographique de ses fournisseurs. L’Algérie, la Libye et l’Égypte figurent désormais parmi les destinations prioritaires de la diplomatie énergétique chinoise.
Le détroit d’Ormuz, talon d’Achille de la sécurité énergétique chinoise
Près de la moitié du pétrole brut importé par la Chine emprunte le détroit d’Ormuz, passage obligé entre le golfe Persique et l’océan Indien. Les frictions militaires répétées dans la région, les frappes croisées entre Israël et l’Iran ainsi que les attaques houthies en mer Rouge ont multiplié les signaux d’alerte. Pour les planificateurs de Pékin, une fermeture prolongée de ce corridor constituerait un scénario catastrophe pour l’économie nationale.
Cette exposition excessive à un seul point de passage pousse les autorités chinoises à réactiver une doctrine ancienne : celle de la redondance des routes d’approvisionnement. Le continent africain, et plus particulièrement sa façade méditerranéenne, offre un avantage géographique décisif. Les cargaisons partant d’Afrique du Nord contournent totalement le Moyen-Orient et réduisent les délais vers les ports européens où transitent également une partie des flux chinois.
Alger, Tripoli et Le Caire au cœur du nouveau dispositif
L’Algérie occupe une place centrale dans ce repositionnement. Troisième fournisseur de gaz naturel de l’Union européenne, le pays dispose de réserves prouvées considérables et d’une infrastructure d’exportation déjà rodée. Les compagnies chinoises, au premier rang desquelles CNPC et Sinopec, ont multiplié ces dernières années les accords d’exploration dans le bassin de Berkine et les zones sahariennes. Sonatrach, la compagnie nationale algérienne, apparaît comme un partenaire de long terme pour sécuriser des volumes de brut et de GNL.
La Libye, malgré sa fragilité politique, conserve un attrait majeur. Ses hydrocarbures légers, peu soufrés, correspondent aux standards recherchés par les raffineries chinoises modernisées. Plusieurs acteurs pétroliers de Pékin sondent discrètement les possibilités de retour sur les champs libyens, après une décennie de repli consécutive à la chute de Mouammar Kadhafi. Tripoli et Benghazi voient dans cet intérêt renouvelé un levier pour attirer les investissements en amont.
L’Égypte, de son côté, joue une double carte. Ses découvertes gazières offshore en Méditerranée orientale, notamment sur le champ de Zohr, intéressent directement les majors chinoises. Le Caire propose par ailleurs ses terminaux de liquéfaction de Damiette et d’Idku comme plateformes de réexportation vers l’Asie, une fois contournée la question de la disponibilité des volumes nationaux.
Une stratégie qui dépasse le seul enjeu pétrolier
Le repositionnement chinois ne se limite pas aux hydrocarbures. Les nouvelles routes de la soie, baptisées Belt and Road Initiative, irriguent massivement la région à travers des projets portuaires, ferroviaires et industriels. Le port de Cherchell en Algérie, les zones économiques spéciales égyptiennes du canal de Suez ou encore les projets énergétiques renouvelables au Maroc témoignent d’une approche intégrée où l’énergie s’articule à la logistique et à la manufacture.
Pékin avance aussi ses pions sur le terrain des énergies bas carbone. Les équipementiers chinois dominent la fourniture de panneaux solaires et d’éoliennes sur les appels d’offres maghrébins, tandis que les discussions sur l’hydrogène vert prennent de l’ampleur avec l’Algérie, le Maroc et la Mauritanie. Cette présence multisectorielle renforce le poids politique de la Chine dans une région historiquement arrimée aux partenariats européens et américains.
Reste que l’équation n’est pas sans obstacle. La stabilité politique libyenne demeure précaire, l’Algérie négocie fermement les conditions fiscales des contrats, et la concurrence des acheteurs européens, eux-mêmes en quête de substituts au gaz russe, fait grimper les prix. Pour Pékin, le pari nord-africain se jouera autant sur la diplomatie patiente que sur la capacité financière de ses grands groupes d’État. Selon RFI Afrique, cette réorientation structurelle marque une inflexion durable de la géographie énergétique mondiale.
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