La Guinée-Bissau entend ne plus rester à la marge de la nouvelle frontière pétrolière ouest-africaine. À l’occasion du Forum Invest in African Energy tenu à Paris, le directeur général de PetroGuin, société nationale des hydrocarbures, et les responsables de Tender Oil ont scellé un accord d’exploration portant sur deux blocs offshore situés dans le bassin dit MSGBC, acronyme qui désigne l’ensemble sédimentaire commun à la Mauritanie, au Sénégal, à la Gambie, à la Guinée-Bissau et à la Guinée. Ce bassin, longtemps sous-exploré, concentre depuis une décennie l’attention des majors et des indépendants en raison des volumes de gaz et de pétrole confirmés sur son flanc nord.
Un contrat conclu à Paris pour réactiver l’amont pétrolier bissau-guinéen
La signature parisienne marque une étape attendue pour un pays dont le potentiel en hydrocarbures demeure largement théorique, faute d’opérateurs mobilisés sur la durée. En s’engageant avec Tender Oil, PetroGuin cherche à reconstituer un portefeuille d’exploration crédible et à renvoyer un signal aux investisseurs internationaux présents sur le bassin. Le choix du Forum Invest in African Energy, rendez-vous qui rassemble chaque année ministres, compagnies nationales et financiers spécialisés, n’a rien d’anodin : il place l’annonce sous le regard direct de la communauté énergétique africaine et de ses partenaires européens.
Pour Bissau, l’enjeu dépasse la seule dimension géologique. Le pays, dont l’économie reste arrimée à la noix de cajou et à une rente halieutique vulnérable, ambitionne de diversifier ses sources de recettes extérieures. L’exploration offshore, même quand elle n’aboutit pas immédiatement à une découverte commerciale, génère des revenus de signature, des obligations de formation et un flux de données sismiques valorisables. C’est précisément ce type de dividende amont que la compagnie publique cherche à sécuriser à court terme.
Le bassin MSGBC, nouvelle province énergétique de l’Atlantique
Le bassin MSGBC s’est imposé, depuis 2014, comme l’une des zones de découverte les plus dynamiques du continent. Les projets gaziers Grand Tortue Ahmeyim, opéré entre la Mauritanie et le Sénégal, et le champ pétrolier Sangomar, entré en production l’an dernier au large de Dakar, ont validé le potentiel de cette marge passive atlantique. Dans leur sillage, les autorités bissau-guinéennes espèrent capter une part de l’élan industriel et attirer des opérateurs capables de conduire des campagnes sismiques puis, le cas échéant, des forages d’évaluation.
Reste que la géologie bissau-guinéenne présente ses propres défis. Les travaux menés dans les années 2010 par plusieurs compagnies, dont Svenska Petroleum et CNOOC, n’avaient pas débouché sur une mise en production. Le relais confié à Tender Oil doit donc s’accompagner d’un programme de travaux précis, d’engagements financiers fermes et d’une stratégie de partenariat pour faire venir, à terme, des acteurs disposant de la surface bilancielle nécessaire à un forage en eaux profondes, dont le coût unitaire dépasse régulièrement 100 millions de dollars.
PetroGuin face à l’impératif de gouvernance
La réussite de cette nouvelle séquence dépendra également de la capacité de PetroGuin à professionnaliser sa gouvernance et à offrir un cadre réglementaire lisible. Les investisseurs du secteur, particulièrement sensibles à la stabilité contractuelle, observeront le traitement fiscal appliqué, les clauses de contenu local et la transparence de l’attribution des blocs. Sur ces points, la Guinée-Bissau devra convaincre dans un environnement régional où la Mauritanie et le Sénégal ont pris une avance réglementaire notable.
La trajectoire politique du pays pèsera aussi dans l’équation. Les opérateurs internationaux arbitrent désormais entre plusieurs juridictions africaines concurrentes, et la prévisibilité des décisions publiques constitue un critère décisif. Si Bissau parvient à sécuriser le programme d’exploration avec Tender Oil et à nouer, dans la foulée, des accords de portage avec des compagnies de taille supérieure, le pays pourra espérer figurer sur la prochaine carte des découvertes du bassin MSGBC. À défaut, l’annonce parisienne resterait un signal de relance sans lendemain industriel. Selon PressAfrik.
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