La Guinée et Emirates Global Aluminium (EGA) tournent une page délicate de leur partenariat minier. Conakry, représenté par le ministre des Mines et de la Géologie ainsi que par la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, a signé avec le groupe émirati et sa filiale locale Guinea Alumina Corporation (GAC) un accord amiable destiné à clore l’ensemble des contentieux nés de la cessation des activités de GAC dans le pays et de la rupture de l’approvisionnement en bauxite du conglomérat d’Abou Dhabi. L’entente couvre également les litiges liés à la Compagnie des Bauxites de Guinée (CBG), opérateur historique du secteur.
Le compromis a été négocié sous la conduite du Bâtonnier en exercice de l’Ordre des avocats de Paris, choisi comme tiers de confiance pour rapprocher les positions. Il s’inscrit dans le cadre de travail défini par le Comité stratégique de Simandou, instance mise en place par les autorités guinéennes pour piloter les grands dossiers extractifs et arbitrer les blocages susceptibles de compromettre les recettes minières de l’État.
Une crise larvée autour de la bauxite guinéenne
Le différend remonte à la suspension des opérations de GAC, l’un des trois grands producteurs de bauxite du pays aux côtés de CBG et de la Société minière de Boké. La rupture d’activité avait privé EGA d’un maillon essentiel de sa chaîne d’approvisionnement, le groupe émirati dépendant largement du minerai guinéen pour alimenter ses raffineries d’alumine et ses fonderies d’aluminium aux Émirats arabes unis. Conakry, de son côté, reprochait à l’opérateur des manquements contractuels et fiscaux que la junte au pouvoir entendait réexaminer dans le cadre de sa politique de révision des conventions minières.
La Guinée, qui détient les premières réserves mondiales de bauxite, a fait du redressement de la rente minière l’un des piliers de sa stratégie économique depuis la prise de pouvoir du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) en septembre 2021. Les autorités multiplient depuis les renégociations avec les majors, exigeant une transformation locale accrue du minerai, notamment sous forme d’alumine, plutôt qu’une simple exportation de roche brute.
Le Comité stratégique de Simandou en chef d’orchestre
Le rôle du Comité stratégique de Simandou dans cette médiation est révélateur. Initialement dédié au pilotage du gigantesque projet de minerai de fer de Simandou, copiloté par Rio Tinto, le consortium chinois Winning et l’État guinéen, l’organe a vu son mandat s’élargir à l’arbitrage de litiges miniers majeurs. Cette montée en puissance traduit la volonté de l’exécutif guinéen de centraliser les négociations sensibles et d’imposer un canal unique aux investisseurs étrangers.
Pour EGA, l’accord ouvre la perspective d’une reprise progressive des flux logistiques entre les gisements guinéens et le complexe industriel d’Al Taweelah, l’une des plus importantes plateformes intégrées d’aluminium au monde. Le groupe émirati, contrôlé à parité par Mubadala Investment Company et Investment Corporation of Dubai, avait investi près de 1,4 milliard de dollars dans le projet GAC à son lancement, faisant de la Guinée un point d’ancrage stratégique de sa politique d’amont minier.
Un signal pour les investisseurs du Golfe en Afrique
Au-delà du cas particulier, le règlement à l’amiable envoie un signal aux capitaux du Golfe engagés dans le secteur extractif africain. Les investisseurs émiratis, saoudiens et qataris ont multiplié ces dernières années les prises de position sur les ressources critiques du continent, des phosphates marocains au cuivre congolais. La capacité de Conakry à conclure un compromis négocié, sans recourir à un arbitrage international au long cours devant le Cirdi, sera scrutée par d’autres opérateurs en différend avec les États producteurs.
Reste à connaître les contreparties financières et opérationnelles précises de l’accord, qui n’ont pas été rendues publiques à ce stade. La question du calendrier de reprise des activités de GAC, du sort des effectifs locaux et des engagements en matière de transformation sur place demeure ouverte. Le dossier CBG, qui associe historiquement l’État guinéen à Alcoa, Rio Tinto et Dadco, ajoute par ailleurs une dimension multilatérale au compromis dont les détails devraient se préciser dans les prochaines semaines. Selon Financial Afrik.
Pour aller plus loin
Eramet-Comilog déploie l’IA pour cartographier la biodiversité au Gabon · Minerais stratégiques : Pékin appuie la transformation locale en Namibie · RDC : un rapport parlementaire bouscule la stratégie minière sécuritaire

Be the first to comment on "Bauxite : Conakry, GAC et EGA scellent un accord amiable"