L’intelligence artificielle s’invite dans la gestion environnementale des sites miniers gabonais. Lauréates du Challenge Open Innovation 2025 d’Eramet, les sociétés Mozaic Earth et Gentian déploient une plateforme de cartographie écologique sur les emprises d’Eramet-Comilog, à Moanda, dans le Haut-Ogooué. Présenté comme un « Google Earth » de la biodiversité, le dispositif combine relevés par drones, imagerie satellitaire et algorithmes d’apprentissage automatique pour produire un état des lieux fin et actualisable des écosystèmes situés autour des zones d’extraction de manganèse.
L’enjeu dépasse la simple conformité réglementaire. Pour le premier producteur mondial de manganèse à haute teneur, dont l’activité gabonaise constitue le pivot industriel, la traçabilité environnementale devient un actif stratégique. Investisseurs, banques de développement et acheteurs internationaux conditionnent désormais leurs engagements à des indicateurs vérifiables sur la nature, alignés sur les standards émergents tels que la Taskforce on Nature-related Financial Disclosures (TNFD).
Une cartographie automatisée des écosystèmes miniers
Concrètement, Mozaic Earth agrège des couches de données géospatiales — couvert forestier, hydrologie, habitats — pour modéliser la trajectoire des écosystèmes sur de larges périmètres. Gentian, de son côté, exploite l’imagerie haute résolution captée par drones afin de détecter, espèce par espèce, la végétation présente sur les zones réhabilitées. La fusion des deux approches permet de mesurer simultanément l’empreinte de l’activité minière et la dynamique de régénération des sols après exploitation.
Le procédé tranche avec les méthodes traditionnelles, fondées sur des inventaires de terrain ponctuels, longs et coûteux. En automatisant la collecte et l’analyse, les deux start-up promettent une mise à jour quasi continue d’indicateurs auparavant produits tous les deux ou trois ans. Pour Comilog, qui exploite à Moanda l’un des plus grands gisements de manganèse au monde, l’outil offre une lecture en temps quasi réel des effets de l’extraction sur la forêt équatoriale environnante.
Le Gabon, laboratoire de la mine responsable
Le choix du Gabon n’a rien d’anodin. Le pays revendique un couvert forestier supérieur à 88 % du territoire et s’est positionné comme un acteur de référence sur les marchés du carbone et de la conservation. Les autorités de Libreville, qui ont multiplié les engagements internationaux en faveur de la préservation du bassin du Congo, attendent des opérateurs extractifs des standards renforcés en matière de suivi écologique. La pression s’est accentuée depuis la transition politique d’août 2023, le pouvoir affichant une volonté de mieux capter la rente minière tout en consolidant l’image verte du pays.
Pour Eramet, présent au Gabon depuis plus de soixante ans à travers Comilog, l’expérimentation s’inscrit dans une stratégie groupe de réduction de l’empreinte environnementale. Le minéralier français a publié à plusieurs reprises ses ambitions de neutralité nette pour la biodiversité sur ses sites d’ici la fin de la décennie. La technologie déployée à Moanda doit fournir la métrologie nécessaire à ces engagements, là où l’absence d’instruments fiables fragilisait jusqu’ici les annonces.
Un signal pour l’industrie extractive africaine
L’initiative pourrait essaimer au-delà du Gabon. Eramet opère également au Sénégal, sur le sable minéralisé de Grande Côte, et au-delà du continent en Indonésie et en Argentine. Une validation du dispositif à Moanda ouvrirait la voie à un déploiement multi-sites, avec à la clé un référentiel commun pour les reportings extra-financiers du groupe. Les fournisseurs européens de technologies de suivi écologique y trouveraient un débouché stratégique sur des marchés africains où la demande de solutions de mesure environnementale reste embryonnaire.
Reste la question des données. La maîtrise des informations collectées sur le territoire gabonais — leur stockage, leur partage avec les autorités, leur valorisation potentielle — constituera l’un des dossiers à surveiller. Le ministère gabonais des Eaux et Forêts, comme l’Agence nationale des parcs nationaux, ont déjà manifesté leur intérêt pour des dispositifs équivalents appliqués aux aires protégées. La convergence entre suivi industriel et politiques publiques de conservation pourrait redessiner la gouvernance environnementale du secteur extractif. Selon Gabon Review.
Pour aller plus loin
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