Sénégal : la coalition Diomaye conteste la réforme du code électoral

The iconic Jatiyo Sangsad Bhaban viewed from the red-brick plaza.Photo : Sazid Hasan / Pexels

L’examen du projet de loi portant réforme du code électoral sénégalais, inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale ce 28 avril, fracture la majorité présidentielle. À Dakar, la coalition Diomaye président, principale plateforme de soutien au chef de l’État Bassirou Diomaye Faye, a publiquement exprimé ses réserves sur un texte déposé par les parlementaires du Pastef, le parti dirigé par le Premier ministre Ousmane Sonko. La sortie, organisée la veille au siège de la coalition, jette une lumière crue sur les tensions internes au camp au pouvoir, à quelques mois d’échéances électorales sensibles.

Une réforme du code électoral qui divise la majorité

Le texte porté par les députés du Pastef ambitionne de modifier plusieurs dispositions encadrant l’éligibilité des candidats aux scrutins nationaux. Pour ses détracteurs, l’objectif réel serait de sécuriser juridiquement la trajectoire politique d’Ousmane Sonko, dont le parcours judiciaire récent a soulevé des interrogations sur sa capacité à se présenter à de futures consultations. La coalition Diomaye président, sans rompre avec l’exécutif, estime que certaines clauses du projet manquent de cohérence et fragilisent l’esprit consensuel qui prévalait jusqu’ici dans la fabrique du droit électoral sénégalais.

La démarche est inhabituelle. Rarement une formation alliée au pouvoir prend ainsi position contre une initiative législative émanant du parti dominant de la coalition gouvernementale. Les responsables présents au siège de Dakar ont insisté sur la nécessité d’une réforme inclusive, négociée avec l’ensemble des forces politiques, et non taillée pour servir un agenda partisan. Cette ligne rejoint, par ses arguments sinon par son intention, les protestations formulées par l’opposition parlementaire.

L’éligibilité d’Ousmane Sonko au cœur du débat

Le Premier ministre Ousmane Sonko demeure la figure politique la plus scrutée du Sénégal. Tête de pont du Pastef, artisan de la victoire présidentielle de mars 2024, il conserve une influence déterminante sur l’appareil d’État et sur la majorité parlementaire. La rédaction du texte examiné mardi a été perçue, par plusieurs observateurs et par l’opposition, comme un dispositif de verrouillage juridique destiné à neutraliser tout obstacle à une éventuelle candidature future. Le Pastef réfute cette lecture et défend une modernisation technique du cadre électoral.

Les critiques émises par la coalition Diomaye président portent sur la méthode autant que sur le fond. La formation de soutien au président de la République juge problématique qu’une réforme d’une telle portée soit conduite par voie de proposition de loi parlementaire, sans concertation élargie ni étude d’impact partagée avec les partenaires politiques de la mouvance présidentielle. Concrètement, plusieurs cadres redoutent qu’une adoption en force n’expose le pouvoir à un coût politique disproportionné, à l’heure où les attentes économiques et sociales restent fortes.

Un test pour la cohésion du pouvoir sénégalais

Au-delà du contenu juridique, l’épisode révèle la nature complexe de l’attelage qui a porté Bassirou Diomaye Faye au palais. La coalition Diomaye président rassemble des sensibilités hétérogènes, dont certaines existaient avant l’émergence du Pastef comme force dominante. Le rééquilibrage des rapports de force entre le chef de l’État et son Premier ministre, scruté depuis l’installation du gouvernement, prend ici une dimension institutionnelle. Le débat sur le code électoral devient un marqueur de la latitude dont disposent les alliés du président pour formuler une voix distincte.

L’opposition, elle, capitalise sur cette dissonance. Plusieurs de ses chefs de file dénoncent depuis plusieurs jours un texte qu’ils qualifient de loi sur mesure, taillée pour préserver les intérêts personnels du Premier ministre. La convergence partielle des arguments avec ceux de la coalition Diomaye président leur offre un levier politique inattendu. Reste à savoir si cette pression suffira à infléchir la trajectoire du projet à l’Assemblée, où le Pastef dispose d’une majorité confortable depuis les législatives anticipées de novembre 2024.

Les heures à venir diront si le débat parlementaire débouche sur des amendements substantiels ou sur une adoption en l’état. Pour la coalition au pouvoir, l’enjeu dépasse la technique juridique : il engage la crédibilité d’une promesse de rupture démocratique formulée durant la campagne présidentielle. Selon RFI Afrique, la position publique de la coalition Diomaye président a été formalisée lundi 27 avril au siège de la formation à Dakar.

Pour aller plus loin

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About the Author

Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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