Blocage d’Ormuz : les monarchies du Golfe activent des routes alternatives

Aerial view of a cargo ship navigating through the Bosphorus Strait in Istanbul, Turkey.Photo : Julien Goettelmann / Pexels

Le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran, qui dure depuis deux mois, place les économies du Golfe face à un défi logistique inédit. Ce goulet d’étranglement maritime, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial, constitue le débouché naturel des hydrocarbures saoudiens, émiratis, koweïtiens, qataris et bahreïnis. Sa fermeture prolongée ampute brutalement les recettes d’exportation de la région et grippe l’arrivée des marchandises de consommation courante. Les monarchies arabes, contraintes de réagir vite, déploient désormais un éventail de contournements terrestres et portuaires.

Des oléoducs et des ports de la mer Rouge en première ligne

L’Arabie saoudite dispose d’un atout structurel de long terme : le pipeline Est-Ouest, qui relie ses gisements de la province orientale au terminal de Yanbu, sur la mer Rouge. Cette infrastructure permet à Riyad d’évacuer une partie de son brut sans emprunter Ormuz, en contournant la péninsule arabique par voie terrestre. Les Émirats arabes unis exploitent de leur côté l’oléoduc d’Habshan-Fujaïrah, qui débouche directement sur le golfe d’Oman et évite donc le détroit contesté. Ces deux artères, conçues précisément pour parer à un scénario de blocage iranien, fonctionnent aujourd’hui à plein régime.

Reste que ces capacités de contournement, additionnées, ne couvrent qu’une fraction des volumes habituellement expédiés depuis le Golfe. Le Koweït, le Qatar et Bahreïn, dépourvus d’accès direct à la mer Rouge ou à l’océan Indien, se retrouvent dans une situation plus délicate. Doha, premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié avec ses installations de Ras Laffan, ne peut acheminer ses méthaniers que par Ormuz. La filière gazière qatarie subit donc de plein fouet l’interruption du trafic, avec des répercussions immédiates sur les marchés européens et asiatiques.

Le corridor terrestre, nouvelle bouée logistique

Pour les marchandises importées, l’adaptation passe par la route. Les autorités saoudiennes, émiraties et omanaises ont intensifié l’usage des axes routiers reliant les ports de la mer Rouge et du golfe d’Oman aux centres de consommation du Golfe. Le port de Djeddah, côté saoudien, et celui de Salalah, en Oman, jouent désormais un rôle d’entrée pivot pour les conteneurs en provenance d’Asie et d’Europe. Les flux sont ensuite réacheminés par camion vers Riyad, Dubaï, Abou Dhabi ou Doha, sur des distances pouvant atteindre 1 500 kilomètres.

Cette bascule a un coût. Les délais de livraison s’allongent, les tarifs du fret routier s’envolent, et la pression sur les infrastructures portuaires alternatives provoque déjà des engorgements. Salalah, en particulier, voit son trafic exploser, contraignant les autorités omanaises à accélérer les investissements de capacité. Le port de Sohar, également situé sur le golfe d’Oman, prend une importance stratégique nouvelle, à mesure que les armateurs réorganisent leurs escales pour éviter le détroit.

Une recomposition stratégique aux effets durables

Au-delà de la réponse d’urgence, la crise actuelle accélère une tendance de fond : la diversification des routes commerciales du Golfe et la réduction de la dépendance à un point de passage unique. Plusieurs projets dormants, comme l’extension des capacités du pipeline Est-Ouest saoudien ou la modernisation des terminaux émiratis de Fujaïrah, reviennent au premier plan des arbitrages budgétaires. Oman, longtemps considéré comme un acteur secondaire de la logistique régionale, gagne mécaniquement en centralité.

L’épisode rappelle aussi la vulnérabilité persistante de la sécurité énergétique mondiale. Tant que des volumes massifs de pétrole et de GNL continueront d’emprunter Ormuz, la capacité de nuisance iranienne demeurera un levier diplomatique de premier ordre. Les chancelleries occidentales, asiatiques et golfiques observent avec attention la réorganisation en cours, qui pourrait redessiner durablement la cartographie des flux d’hydrocarbures entre le Moyen-Orient, l’Europe et l’Asie. Selon RFI Moyen-Orient.

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Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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