La piraterie au large de la Somalie reprend de la vigueur après plusieurs années d’accalmie relative. Le mois d’avril a été marqué par la capture de deux bâtiments et l’attaque avortée d’un troisième dans les eaux somaliennes, selon les informations relayées par les autorités maritimes régionales. Cette série d’incidents replace la Corne de l’Afrique au cœur des préoccupations sécuritaires des armateurs internationaux, alors que le couloir de la mer Rouge subit déjà la pression des frappes houthies depuis le Yémen voisin.
Une recrudescence des attaques dans le bassin somalien
Les données relevées sur le terrain indiquent une intensification des actions menées par des groupes armés opérant depuis les côtes du Puntland et du centre de la Somalie. Les bateaux ciblés, principalement des navires de pêche et des cargos transitant à proximité du golfe d’Aden, témoignent d’un mode opératoire éprouvé : abordage en haute mer à l’aide d’embarcations rapides, prise d’otages parmi l’équipage, puis négociation de rançons depuis des bases côtières difficilement accessibles.
Cette résurgence intervient alors que le phénomène avait été largement contenu entre 2013 et 2022, sous l’effet conjugué des patrouilles de l’opération européenne Atalanta, du dispositif américain de la Combined Task Force 151 et du renforcement des équipes de protection embarquées. Le nombre annuel d’attaques, qui dépassait les 230 en 2011, était tombé à un niveau résiduel ces dernières années. La nouvelle dynamique observée depuis la fin 2023 inverse cette tendance.
Un contexte régional sous très forte tension
La résurgence somalienne ne peut se lire indépendamment de la crise de la mer Rouge. Depuis novembre 2023, les attaques des Houthis contre la navigation commerciale dans le détroit de Bab el-Mandeb ont contraint nombre d’armateurs à dérouter leurs navires par le cap de Bonne-Espérance, allongeant les itinéraires et désorganisant les schémas de surveillance. Les marines occidentales, mobilisées sur la protection du trafic dans le sud de la mer Rouge, disposent mécaniquement de moins de moyens pour quadriller le bassin somalien.
Les groupes pirates exploitent cette fenêtre. Concrètement, le redéploiement partiel des frégates européennes vers l’opération Aspides, lancée en février 2024 pour escorter les navires marchands face à la menace houthie, a réduit la présence dissuasive dans la zone d’opérations historique d’Atalanta. Par ailleurs, la fragilité institutionnelle persistante du gouvernement fédéral somalien et la porosité des littoraux du Puntland offrent aux réseaux criminels un terrain favorable.
Les enjeux pour les routes commerciales africaines
Pour les pays riverains de l’océan Indien occidental, l’enjeu est considérable. Le golfe d’Aden voit transiter une part stratégique du commerce mondial, dont une fraction significative des hydrocarbures du Golfe à destination de l’Europe. Les ports de Djibouti, de Mombasa au Kenya et de Dar es-Salaam en Tanzanie subissent indirectement les conséquences de toute dégradation sécuritaire en mer. La hausse des primes d’assurance maritime, déjà alourdies par la crise yéménite, pèse sur la compétitivité des chaînes logistiques régionales.
Les compagnies de transport maritime ont commencé à réactiver les protocoles de vigilance renforcée préconisés par les BMP5, le code de bonnes pratiques élaboré par les organisations professionnelles du secteur. Recours systématique aux gardes armés privés, navigation à vitesse soutenue, durcissement des accès aux superstructures : autant de mesures qui avaient été progressivement allégées et qui redeviennent d’actualité.
Reste que la réponse durable ne pourra être que politique et terrestre. L’expérience de la dernière décennie a montré qu’aucune dissuasion navale ne suffit tant que les sanctuaires côtiers ne sont pas démantelés et que des alternatives économiques crédibles ne sont pas offertes aux populations littorales somaliennes. Le retrait progressif de la mission de l’Union africaine en Somalie, dont le format de transition reste discuté, ajoute une couche d’incertitude au tableau sécuritaire d’ensemble. Selon PressAfrik, la situation appelle une vigilance accrue des partenaires internationaux engagés dans la sécurisation de la Corne de l’Afrique.
Pour aller plus loin
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