La Banque du Ghana creuse ses pertes à 1,42 milliard de dollars

Street view in Brasilia featuring the Central Bank of Brazil under a vibrant sky.Photo : Matheus Natan / Pexels

La Banque du Ghana a clôturé l’exercice 2025 sur une perte nette estimée à 1,42 milliard de dollars, confirmant la persistance des déséquilibres financiers qui pèsent sur le bilan de la banque centrale depuis le défaut souverain de 2022. L’institution, présidée par Johnson Asiamah, affiche un résultat dégradé par rapport à 2024, alors que les autorités d’Accra tablaient sur une amorce de redressement. Cette contre-performance ravive le débat sur la recapitalisation de la Banque du Ghana et sur les coûts différés du Programme d’échange de dette intérieure (DDEP) lancé fin 2022.

Une perte alourdie par le coût de la politique monétaire

Le creusement du déficit s’explique d’abord par le poids des opérations de stérilisation monétaire. Pour contenir une inflation encore supérieure à la cible et défendre le cedi, la Banque du Ghana a multiplié les émissions de bons à des taux directeurs élevés, gonflant mécaniquement ses charges d’intérêts. Le maintien d’un taux de référence à deux chiffres, conjugué à un excès de liquidité dans le système bancaire, a renchéri le coût d’absorption des fonds.

À cette pression s’ajoute la dépréciation latente des titres publics restructurés que l’institution porte à son actif. Les obligations issues du DDEP, échangées contre des coupons réduits et des maturités allongées, continuent de générer des décotes comptables que la banque centrale absorbe sans contrepartie de marché. Selon les éléments rendus publics, ces titres représentent encore une fraction substantielle du portefeuille domestique de l’institution.

La recapitalisation, un dossier politique sensible

La situation patrimoniale de la Banque du Ghana demeure négative. Les fonds propres sont restés en territoire défavorable depuis la prise de pertes massives de 2022, évaluées à l’époque à plus de 60 milliards de cedis. Un protocole de recapitalisation avait été esquissé avec le ministère des Finances, prévoyant une remise à niveau progressive du capital sur plusieurs exercices. Le calendrier reste toutefois suspendu aux marges budgétaires d’un État ghanéen toujours engagé dans son programme de 3 milliards de dollars conclu avec le Fonds monétaire international (FMI).

Pour le gouverneur Johnson Asiamah, nommé début 2025, le défi consiste à restaurer la crédibilité institutionnelle sans précipiter une injection budgétaire qui contrarierait la trajectoire de consolidation. La Banque du Ghana se trouve à l’intersection de deux exigences contradictoires : préserver son indépendance opérationnelle et obtenir un soutien public sans lequel ses ratios prudentiels ne peuvent être assainis. Les autorités monétaires soulignent qu’une banque centrale peut techniquement fonctionner avec des fonds propres négatifs, mais reconnaissent que la signalétique adressée aux marchés et aux partenaires multilatéraux importe.

Un signal scruté par les bailleurs et les marchés

L’aggravation des pertes survient alors que le Ghana cherche à consolider son retour sur les marchés internationaux après la restructuration de sa dette extérieure. Les agences de notation et les investisseurs obligataires examinent attentivement les comptes de la banque centrale, considérés comme un indicateur indirect de la santé financière souveraine. Une perte de 1,42 milliard de dollars équivaut à plusieurs points du budget annuel de l’État ghanéen, ce qui rend tangible la facture macroéconomique de l’épisode 2022-2023.

Dans le même temps, le cedi a connu en 2025 une trajectoire heurtée, alternant phases d’appréciation portées par les flux de cacao et d’or et épisodes de tension liés aux paiements extérieurs. La Banque du Ghana a puisé dans ses réserves brutes pour amortir les chocs, ce qui pèse également sur la rentabilité du portefeuille de change. À l’inverse, la remontée du cours de l’or, dont le pays est le premier producteur africain, a partiellement compensé certaines moins-values.

Reste que l’horizon d’un retour à l’équilibre demeure incertain. Les économistes locaux estiment qu’une normalisation supposera à la fois une décrue durable de l’inflation, une réduction des opérations d’open market et une concrétisation effective du plan de recapitalisation. À défaut, le déséquilibre patrimonial de la banque centrale risque de s’enkyster, limitant sa capacité d’intervention en cas de nouveau choc régional. Selon Financial Afrik, ces résultats devraient nourrir les discussions des prochaines revues du programme avec le FMI.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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