Le Cameroun durcit le ton contre l’exploitation aurifère illégale. Près de deux cents sociétés, en grande majorité étrangères, ont été sommées par le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique de cesser leurs activités et de procéder au démantèlement de leurs installations sur les sites qu’elles occupent sans titre. La mesure, qui cible principalement la région de l’Est, sanctuaire de l’or camerounais, marque un tournant dans la politique de reprise en main d’un secteur miné par l’informalité.
Une filière aurifère gangrenée par les opérateurs clandestins
Depuis plusieurs années, les sites aurifères de l’Est, de l’Adamaoua et du Nord du pays attirent une nébuleuse d’opérateurs venus pour l’essentiel d’Asie, qui exploitent les filons en marge du cadre légal. Beaucoup s’abritent derrière des partenariats de façade avec de petites coopératives locales pour contourner l’obligation de détenir un permis. D’autres opèrent purement et simplement sans aucune autorisation, en s’appuyant sur des complicités locales et sur la difficulté d’accès à des zones forestières enclavées.
Le manque à gagner pour le Trésor public est considérable. Selon les estimations relayées ces dernières années par le Cadre d’appui et de promotion de l’artisanat minier (CAPAM), une part majoritaire de la production aurifère nationale échappe aux circuits officiels d’achat. L’or extrait quitte le territoire par des filières parallèles, transitant souvent par les pays voisins avant d’atteindre les places de raffinage du Golfe ou d’Asie. Yaoundé peine ainsi à transformer une rente potentielle en ressource budgétaire.
Un ultimatum administratif aux contours stricts
L’injonction notifiée aux sociétés visées impose la cessation immédiate des travaux et le retrait du matériel d’extraction, notamment les dragues, excavateurs et installations de traitement au mercure. Le ministère agite la perspective de saisies et de poursuites judiciaires en cas de non-respect. Cette procédure s’inscrit dans la continuité des opérations de contrôle conduites au cours des derniers mois sur le terrain par des équipes mixtes associant l’administration minière, les forces de sécurité et les autorités préfectorales.
Au-delà du volet répressif, la décision pose la question des moyens. Le Cameroun dispose d’un appareil de contrôle limité face à l’étendue géographique des sites concernés, dispersés dans des zones où les services déconcentrés de l’État sont peu présents. Plusieurs opérations passées de fermeture ont vu les exploitants reprendre leurs activités quelques semaines après le départ des inspecteurs. Reste à savoir si l’État se donnera, cette fois, les moyens d’un suivi durable.
Souveraineté minière et enjeux environnementaux
La question dépasse la seule perte fiscale. L’exploitation sauvage laisse derrière elle des paysages éventrés, des cours d’eau pollués au mercure et au cyanure, et des cratères transformés en fosses mortelles pour les populations riveraines. Plusieurs drames ont été recensés ces dernières années dans la région de l’Est, où des éboulements ont coûté la vie à des dizaines d’orpailleurs artisanaux travaillant sur des sites abandonnés par les compagnies étrangères sans aucune réhabilitation.
L’offensive en cours s’inscrit aussi dans une dynamique régionale. Plusieurs États d’Afrique centrale et de l’Ouest, du Mali au Burkina Faso en passant par la République démocratique du Congo, cherchent à reprendre le contrôle de leurs ressources aurifères face à des opérateurs informels qui détournent la valeur ajoutée. La création annoncée, au Cameroun, d’une Société nationale des mines doit théoriquement permettre à l’État d’entrer au capital des projets industriels et de centraliser la commercialisation de l’or artisanal.
L’efficacité de l’opération se mesurera à sa capacité à survivre au-delà de l’effet d’annonce. Les acteurs du secteur attendent désormais des décisions de retrait formel de permis, des poursuites pénales contre les responsables identifiés et un dispositif crédible de surveillance des zones libérées. Sans cela, l’ultimatum risque de rejoindre la longue liste des opérations coup de poing sans lendemain. Selon Journal du Cameroun, près de deux cents sociétés sont concernées par cette campagne d’assainissement.
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