Côte d’Ivoire et FMI valident la 6e revue du programme économique

Contemporary cityscape of Abidjan featuring high-rise buildings by the waterfront under overcast skies.Photo : Jean Marc Bonnel / Pexels

La Côte d’Ivoire et le Fonds monétaire international (FMI) viennent de clore la sixième revue du programme économique et financier qui lie les deux parties, avec un bilan jugé positif de part et d’autre. Les services du FMI et les autorités ivoiriennes ont souligné la robustesse des indicateurs macroéconomiques, au terme d’un cycle d’évaluation qui conditionne le décaissement des tranches successives de financement. Pour Abidjan, ce feu vert confirme la trajectoire d’assainissement budgétaire engagée depuis la signature du programme, adossé à un mécanisme élargi de crédit et à une facilité élargie.

La locomotive économique de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) capitalise ainsi sur une dynamique de croissance qui demeure parmi les plus vigoureuses du continent. L’exercice vise à restaurer les marges budgétaires post-Covid, tout en finançant les grandes infrastructures inscrites au Plan national de développement. Les discussions techniques entre la mission du FMI et les équipes du ministère des Finances ont porté sur la mobilisation des recettes intérieures, la maîtrise de la masse salariale et le pilotage de la dette publique.

Un programme structurant pour les finances publiques ivoiriennes

Le programme économique et financier en cours avec le FMI sert de boussole aux arbitrages budgétaires du gouvernement dirigé par Robert Beugré Mambé. Son ossature repose sur une consolidation progressive du déficit, appelé à converger vers la norme communautaire de 3 % du produit intérieur brut fixée par l’UEMOA. Cette cible, desserrée durant la crise sanitaire puis pendant le choc inflationniste lié à la guerre en Ukraine, redevient le cap officiel des autorités monétaires et budgétaires de la sous-région.

Concrètement, la sixième revue valide la poursuite des réformes structurelles engagées dans la fiscalité, la gouvernance des entreprises publiques et la transparence des marchés publics. La direction générale des impôts et celle des douanes demeurent au cœur du dispositif, avec des objectifs chiffrés de ratio recettes/PIB. La trajectoire d’élargissement de l’assiette fiscale, historiquement étroite en Côte d’Ivoire comme dans la plupart des économies ouest-africaines, reste l’un des points de vigilance du bailleur multilatéral.

Un signal envoyé aux marchés financiers internationaux

Au-delà du volet strictement budgétaire, la conclusion favorable de cette revue constitue un signal adressé aux investisseurs. Abidjan fait figure d’émetteur de référence sur le marché des eurobonds africains, après avoir ouvert en janvier 2024 le compartiment des émissions souveraines du continent au sortir d’une longue période de fermeture. La crédibilité du programme FMI pèse directement sur la prime de risque exigée par les créanciers internationaux et sur la capacité du Trésor ivoirien à se refinancer à des conditions maîtrisées.

Le contexte régional renforce l’importance du message. Dans un espace UEMOA marqué par les turbulences politiques au Sahel et le retrait annoncé du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), la Côte d’Ivoire endosse de facto le rôle d’ancrage économique et financier. Près de 40 % du PIB de l’union y est généré, ce qui confère à sa discipline budgétaire une valeur systémique pour la stabilité du franc CFA.

Des défis persistants malgré la trajectoire favorable

Reste que plusieurs chantiers demeurent ouverts. La soutenabilité du service de la dette, le coût des subventions énergétiques et la résilience du secteur agricole face aux aléas climatiques continuent d’occuper les échanges entre Abidjan et Washington. Le cacao, dont la Côte d’Ivoire demeure premier producteur mondial, traverse une séquence de forte volatilité des cours qui appelle une gestion prudente des recettes exceptionnelles engrangées par la filière.

Sur le front social, le gouvernement doit conjuguer l’effort d’assainissement avec le financement des programmes de transferts sociaux et de soutien au pouvoir d’achat. L’approche du calendrier électoral, avec la présidentielle prévue en octobre 2025, tend traditionnellement à exercer une pression haussière sur les dépenses publiques. Le FMI, sans s’immiscer dans les choix politiques, rappelle régulièrement l’importance de préserver les équilibres obtenus durant la phase de mise en œuvre du programme.

La prochaine revue permettra de vérifier la tenue des engagements pris dans ce cadre exigeant. Selon Abidjan.net, la sixième évaluation consacre des performances solides saluées conjointement par les autorités ivoiriennes et les services du Fonds.

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Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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