L’avertissement est frontal. Pour Elie Barnavi, historien, essayiste et ancien ambassadeur d’Israël en France, l’État hébreu se condamne lui-même à une forme d’autodestruction s’il continue d’éluder la question palestinienne. Invité du podcast Avec Judith, le diplomate inscrit la guerre en cours au Proche-Orient dans une grille de lecture politique de long terme, où l’absence de solution à deux États apparaît comme la matrice des crises successives qui secouent la région.
Une mise en garde sur la trajectoire d’Israël
Le constat de Barnavi tranche avec la rhétorique sécuritaire qui domine le débat israélien depuis le 7 octobre 2023. L’ancien ambassadeur ne minimise pas la nature du conflit militaire ni le traumatisme provoqué par les attaques du Hamas. Mais il estime que la prolongation indéfinie du statu quo, marquée par l’occupation des territoires et l’expansion de la colonisation, mine la viabilité même du projet sioniste démocratique. Selon lui, repousser sine die la création d’un État palestinien revient à accepter l’érosion progressive des fondations politiques et morales de la société israélienne.
L’argument n’est pas neuf dans la bouche de Barnavi, figure historique du camp de la paix israélien. Il prend toutefois un relief particulier alors que la guerre à Gaza a redessiné les équilibres régionaux et accentué l’isolement diplomatique d’Israël sur la scène internationale. Plusieurs capitales européennes, dont Paris, ont récemment fait évoluer leur position sur la reconnaissance d’un État palestinien, signe que la fenêtre du statu quo se referme.
Le poids d’une trajectoire personnelle
L’entretien avec Judith Grimaldi ne se limite pas à l’analyse géopolitique. Elie Barnavi y revient longuement sur sa propre histoire familiale, marquée par la figure d’un père juif soviétique. Cette éducation, façonnée par l’expérience de la dissidence et l’attachement à la culture européenne, irrigue la grille de lecture qu’il applique aujourd’hui au conflit israélo-palestinien. L’historien y puise une exigence d’universalisme et une méfiance envers les dérives nationalistes, qu’il juge à l’œuvre dans la coalition au pouvoir à Jérusalem.
Ce détour biographique éclaire la cohérence de sa position publique. Diplomate de carrière, Barnavi a représenté Israël en France entre 2000 et 2002, période charnière de la seconde Intifada. Il a depuis multiplié les ouvrages et les interventions pour défendre l’idée qu’une paix négociée, fondée sur la coexistence de deux États souverains, demeure la seule issue compatible avec la pérennité d’Israël comme démocratie à majorité juive.
Quelle issue politique au conflit
La question d’une paix entre Israéliens et Palestiniens constitue le cœur de l’échange. Barnavi ne cache pas le pessimisme qu’inspire la séquence actuelle, dominée par un gouvernement israélien hostile à toute perspective d’État palestinien et par une Autorité palestinienne affaiblie. Il refuse pour autant de céder au fatalisme, rappelant que les configurations politiques régionales ont déjà connu des bascules rapides, qu’il s’agisse des accords d’Oslo en 1993 ou des Accords d’Abraham en 2020.
Pour les chancelleries arabes et occidentales engagées dans la recherche d’une sortie de crise, le propos de l’ancien ambassadeur a valeur de signal. Il confirme l’existence, au sein même de l’establishment israélien, d’une lecture critique du cap actuel et d’une demande de relance diplomatique. Les capitales du Golfe, en particulier Riyad et Abou Dhabi, conditionnent désormais ouvertement toute normalisation des relations avec Israël à des avancées tangibles sur le dossier palestinien, ce qui converge avec l’analyse défendue par Barnavi.
Reste que la traduction politique d’un tel diagnostic se heurte à la fragmentation des acteurs et à la radicalisation des opinions publiques, israélienne comme palestinienne. L’historien le sait, lui qui plaide depuis des décennies pour une issue négociée. Sa parole, à la fois lucide et inquiète, vient rappeler que le temps joue contre la solution à deux États et, à ses yeux, contre Israël lui-même. Selon France 24 Moyen-Orient.
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