Le Maroc supprime l’AEVM pour les voyageurs maliens dès avril 2026

Cheerful woman holding passport ready for travel against a vibrant yellow backdrop.Photo : Gustavo Fring / Pexels

La décision a été officialisée par voie numérique, sur la page Facebook de l’ambassade du Royaume du Maroc au Mali. Dès le 27 avril 2026, les détenteurs d’un passeport malien n’auront plus à remplir le formulaire d’Autorisation électronique de voyage au Maroc (AEVM) avant leur départ. Cette exemption simplifie une formalité introduite ces dernières années par Rabat pour fluidifier le contrôle migratoire tout en filtrant les flux entrants. Pour Bamako, le geste est lu comme un signal de proximité, à un moment où les corridors aériens et diplomatiques avec plusieurs partenaires traditionnels se sont considérablement resserrés.

Une mesure qui allège les déplacements entre Bamako et Rabat

L’AEVM, instaurée pour les voyageurs originaires de pays non soumis à visa, conditionnait jusqu’ici l’embarquement vers Casablanca ou Rabat à l’obtention préalable d’un document électronique. Sa suppression pour les Maliens met fin à une étape administrative jugée parfois dissuasive par les opérateurs économiques, les étudiants et les patients en quête de soins. Le Maroc demeure une destination prisée par les ressortissants maliens, qu’il s’agisse de formations universitaires, d’évacuations sanitaires ou de transit vers l’Europe et le Golfe. La fluidification du parcours voyageur devrait également profiter à Royal Air Maroc, qui exploite plusieurs rotations hebdomadaires sur l’axe Bamako-Casablanca.

Concrètement, les voyageurs continueront de présenter un passeport en cours de validité ainsi que les justificatifs habituels d’hébergement et de ressources, mais sans l’obligation d’enregistrement préalable en ligne. Pour les autorités marocaines, la levée de cette barrière administrative s’inscrit dans une politique de mobilité différenciée, déjà appliquée à plusieurs partenaires africains jugés stratégiques.

Un signal diplomatique vers le Sahel en pleine recomposition

L’annonce intervient dans un contexte régional bouleversé. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, réunis au sein de la Confédération des États du Sahel (AES), ont rompu avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et redéfinissent leurs alliances continentales. Rabat a, de son côté, multiplié les ouvertures vers les capitales sahéliennes, à travers son initiative atlantique destinée à offrir aux pays enclavés un accès maritime via les ports du sud du Royaume. Le projet, dévoilé fin 2023 par le roi Mohammed VI, vise explicitement le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad.

L’exemption d’AEVM s’ajoute donc à un dispositif diplomatique plus large, qui combine coopération religieuse, formation des cadres et perspectives logistiques. À l’inverse de plusieurs partenaires occidentaux qui ont durci leurs conditions de visa pour les ressortissants sahéliens, Rabat opte pour la facilitation. Le calcul est lisible : transformer la mobilité des personnes en levier d’influence, à l’heure où Alger, principal rival régional, voit sa relation avec Bamako se dégrader.

Des retombées attendues pour les opérateurs économiques

Au-delà du symbole politique, la mesure devrait stimuler les échanges économiques bilatéraux. Les entreprises marocaines, en particulier dans les secteurs bancaire, des télécommunications, du BTP et de l’assurance, sont fortement présentes en Afrique de l’Ouest. Attijariwafa Bank, Bank of Africa, Maroc Telecom ou encore Addoha disposent de filiales ou de partenariats au Mali. La simplification du déplacement de cadres et de techniciens entre les deux pays devrait raccourcir les cycles décisionnels et faciliter la prospection commerciale.

Du côté malien, la communauté entrepreneuriale espère un effet d’entraînement sur les chaînes d’approvisionnement, notamment pour les biens manufacturés transitant par Casablanca. Les acteurs du tourisme religieux et médical, segments en croissance, anticipent également une hausse des flux. Reste à observer si Bamako adoptera une mesure de réciprocité au profit des voyageurs marocains, ce qui consoliderait le caractère bilatéral du rapprochement. Selon PressAfrik, l’annonce a été diffusée par les canaux officiels de l’ambassade du Royaume du Maroc au Mali.

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Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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