La mutualisation des infrastructures télécoms entre Airtel Gabon et Moov Africa Gabon Télécom marque un tournant pour le marché gabonais. Signée le 7 mai à Libreville en présence du ministre de l’Économie numérique Mark Alexandre Doumba, la convention scelle un partenariat opérationnel inédit entre les deux principaux opérateurs mobiles du pays. L’objectif affiché tient en une formule : tourner la page des investissements jugés redondants et concentrer les ressources sur l’extension du réseau.
Le principe est connu ailleurs sur le continent. Plutôt que d’ériger chacun ses propres pylônes, ses propres alimentations électriques et ses propres liens de transmission sur les mêmes zones, les deux concurrents s’accordent à partager une partie de ces actifs passifs. Le calcul économique est limpide : un site mutualisé revient nettement moins cher qu’un site doublonné, et les économies dégagées peuvent être réinvesties dans la couverture des zones encore mal desservies.
Une réponse à la saturation des investissements parallèles
Au Gabon, le déploiement parallèle des infrastructures s’est traduit pendant des années par une accumulation d’équipements concurrents sur des emprises proches, voire identiques. Sur un marché de moins de deux millions et demi d’habitants, cette duplication pèse lourd dans les comptes des opérateurs et limite leur capacité à étendre la 4G au-delà des grandes agglomérations. La mutualisation entend précisément lever ce verrou financier.
Mark Alexandre Doumba a positionné l’accord comme un levier stratégique du chantier numérique gouvernemental. Pour les autorités de transition, la rationalisation du parc technique conditionne la qualité de service, le prix final supporté par l’usager et l’attractivité du Gabon pour les services numériques à valeur ajoutée. La logique rejoint celle prônée par plusieurs régulateurs africains, qui poussent depuis une décennie au partage des sites passifs comme alternative à la course aux investissements isolés.
Un précédent attendu pour la couverture rurale
Concrètement, le partage portera sur les éléments passifs des stations de base : terrains, pylônes, locaux techniques, énergie. Les équipements actifs, qui portent l’identité technique et commerciale de chaque opérateur, demeurent en principe distincts. Ce modèle, dit de tower sharing, a permis ailleurs en Afrique de l’Ouest et centrale d’accélérer significativement le rythme d’ouverture de nouveaux sites, en particulier dans les zones rurales où la rentabilité unitaire reste faible.
Pour Airtel Gabon, filiale du groupe indien Bharti Airtel, et Moov Africa Gabon Télécom, contrôlée par Maroc Telecom, l’enjeu dépasse la seule maîtrise des coûts. La mutualisation ouvre la voie à une densification plus rapide du maillage, condition sine qua non pour absorber la croissance des usages data et préparer les évolutions technologiques à venir. Les deux opérateurs avaient déjà multiplié les efforts d’extension de la 4G ces dernières années, mais avec des résultats inégaux selon les provinces.
Un signal pour l’écosystème numérique gabonais
L’accord pourrait également produire des effets indirects sur l’écosystème local. Une infrastructure plus dense et mieux répartie facilite l’émergence de fournisseurs de services numériques, d’opérateurs virtuels ou de solutions de paiement mobile. La question de l’inclusion numérique, particulièrement aiguë dans les zones forestières et frontalières, reste l’un des indicateurs sur lesquels l’action du ministère sera évaluée.
Reste que la signature ne suffit pas. La réussite de la mutualisation dépendra des modalités techniques, des règles de gouvernance partagée et de la capacité des deux entreprises à dépasser leur posture concurrentielle au quotidien. Les expériences voisines montrent que les conventions signées avec ferveur peuvent buter sur des litiges opérationnels lorsque les calendriers de déploiement ou les niveaux de service divergent. La supervision de la Direction générale du numérique et du régulateur sectoriel sera déterminante pour transformer l’accord en gains tangibles pour les abonnés gabonais.
Selon Gabon Review, la convention est présentée par les autorités comme une avancée majeure pour le développement du secteur numérique national.
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