Ghana : le COCOBOD incapable de régler les producteurs de cacao

Cocoa beans drying outdoors in Ife, Nigeria, emphasizing natural food processing.Photo : Bamidele Sodiq / Pexels

Le Ghana Cocoa Board (COCOBOD), bras armé de l’État ghanéen pour la commercialisation du cacao, se retrouve dans l’incapacité de régler les agriculteurs qui lui livrent leurs fèves. Cette défaillance de paiement, révélée au cœur de la campagne, ébranle un dispositif considéré pendant des décennies comme l’un des plus solides du continent. Le cacao ghanéen, fierté nationale et deuxième source de devises du pays, voit ainsi sa chaîne de valeur fragilisée par une crise de trésorerie qui s’installe dans la durée.

Un acheteur public à court de liquidités

Le COCOBOD fonctionne historiquement comme un monopsone : il achète l’intégralité de la production nationale auprès des coopératives et des sociétés agréées, à un prix garanti fixé en début de campagne. Ce schéma, censé protéger les planteurs des aléas du marché mondial, repose sur un préfinancement bancaire syndiqué levé chaque année à Londres. Or, ce mécanisme s’enraie. Les ressources mobilisées ne suffisent plus à couvrir les achats, et les retards de paiement s’allongent dans les zones de production de l’Ashanti, du Western et de l’Eastern Region.

Sur le terrain, la conséquence est directe. De nombreux producteurs livrent leurs sacs sans recevoir de contrepartie immédiate, certains attendant plusieurs semaines. Cette situation pousse une partie d’entre eux vers les circuits de contrebande transfrontaliers, en direction de la Côte d’Ivoire voisine où les prix officiels et le règlement comptant offrent un débouché plus sûr. La perte de volumes pour le Ghana est estimée à plusieurs dizaines de milliers de tonnes par campagne, selon les autorités elles-mêmes.

Une dette structurelle qui pèse sur la filière

La crise actuelle trouve sa source dans un endettement accumulé depuis plusieurs années. Le COCOBOD a contracté des emprunts successifs pour financer ses programmes de réhabilitation des vergers, la lutte contre la maladie du swollen shoot et le maintien d’un prix au producteur jugé politiquement sensible. La restructuration de la dette souveraine ghanéenne, négociée avec le Fonds monétaire international en 2023 dans le cadre d’un programme de 3 milliards de dollars, a percuté de plein fouet la capacité de l’office à se refinancer dans des conditions standards.

Les coûts d’emprunt ont bondi, tandis que la production nationale a reculé. Le Ghana, qui visait historiquement le million de tonnes annuel, a vu ses récoltes chuter sous les 500 000 tonnes lors des dernières campagnes, sous l’effet conjugué du vieillissement des plantations, de l’orpaillage illégal qui ronge les terres agricoles et des conditions climatiques défavorables. Moins de fèves signifient moins de revenus à l’export, donc moins de marges pour rembourser les créanciers et payer les planteurs.

Un signal d’alarme pour la souveraineté agricole

L’incapacité du COCOBOD à tenir ses engagements interroge le modèle même de gestion publique centralisée de la filière. À Accra, le débat sur une libéralisation partielle des achats refait surface, certains acteurs plaidant pour un système hybride à l’image du dispositif ivoirien réformé. D’autres voix mettent en garde contre un démantèlement qui exposerait davantage les petits producteurs aux fluctuations du marché londonien et new-yorkais, où les cours du cacao ont connu une volatilité historique en 2024 et 2025.

Les implications dépassent le seul cadre ghanéen. La filière cacao ouest-africaine, qui fournit près de 70 % de l’offre mondiale, repose sur la stabilité des deux géants que sont la Côte d’Ivoire et le Ghana. Toute désorganisation prolongée du second exerce une pression directe sur les broyeurs internationaux et les chocolatiers européens, déjà confrontés à une raréfaction structurelle de la matière première. Pour les bailleurs et investisseurs régionaux, le dossier COCOBOD devient un cas d’école sur la soutenabilité des offices publics de commercialisation.

La capacité du gouvernement ghanéen à recapitaliser ou à réformer son institution clé déterminera l’avenir d’une filière dont dépendent près de 800 000 ménages ruraux. Sans solution rapide, le risque d’un transfert durable de production vers les pays voisins, ou vers des opérateurs privés non régulés, devient tangible. Selon Financial Afrik.

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Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

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