Le retour de l’ambassadeur français Stéphane Romatet à Alger, vendredi 8 mai, marque une inflexion notable dans la crise diplomatique qui oppose Paris à l’Algérie depuis près de deux ans. Rappelé en consultation à l’été 2024 après la reconnaissance par Emmanuel Macron de la marocanité du Sahara occidental, le diplomate participe aux commémorations officielles du quatre-vingtième anniversaire des massacres du 8 mai 1945, dans l’est algérien. Le geste, soigneusement calibré, traduit la volonté du chef de l’État français de reprendre langue avec Abdelmadjid Tebboune avant la fin de son quinquennat.
Une diplomatie mémorielle pour rouvrir le canal algérien
Le choix de la date n’est pas anodin. Les répressions sanglantes de Sétif, Guelma et Kherrata, déclenchées le jour même de la capitulation allemande en 1945, demeurent l’une des plaies vives de la mémoire coloniale. En envoyant son représentant aux côtés des autorités algériennes, Emmanuel Macron mobilise un registre qu’il avait privilégié dès son premier mandat : reconnaître les pages sombres de la colonisation pour bâtir une relation apaisée. Le rapport remis en 2021 par l’historien Benjamin Stora avait déjà tracé cette trajectoire, sans parvenir à dépasser les blocages politiques accumulés.
La crise déclenchée en juillet 2024 par le revirement français sur le dossier saharien a conduit à un désarrimage rapide. Alger a rappelé son propre ambassadeur, suspendu plusieurs canaux de coopération et durci ses positions consulaires, notamment sur les laissez-passer délivrés à ses ressortissants en situation irrégulière en France. L’arrestation puis la condamnation de l’écrivain Boualem Sansal, fin 2024, ont encore aggravé la tension, transformant chaque dossier bilatéral en point de friction.
Un calendrier politique sous contrainte
Pour l’Élysée, la fenêtre se rétrécit. À deux ans de la fin du second mandat présidentiel, la perspective d’inscrire un acquis durable dans la relation franco-algérienne suppose de lever rapidement les principaux obstacles. Le retour de Stéphane Romatet vise à rétablir un dialogue technique sur les visas, la coopération sécuritaire au Sahel et les flux économiques, dans un contexte où les exportations françaises vers l’Algérie ont reculé sous la pression de la concurrence chinoise, turque et italienne. Rome a notamment consolidé ses positions énergétiques après les accords gaziers signés par Eni avec Sonatrach.
Côté algérien, l’arithmétique est différente. Abdelmadjid Tebboune, réélu en septembre 2024 avec un score officiel de 84,3 %, dispose d’une marge de manœuvre intérieure pour rouvrir partiellement la relation, sans renoncer à ses exigences mémorielles ni à son alignement sur le front du Polisario. Les autorités algériennes attendent désormais des gestes tangibles : restitution complète des archives de la période coloniale, traitement des essais nucléaires français au Sahara, reconnaissance plus explicite des crimes commis durant la guerre d’indépendance.
Les lignes rouges de la réconciliation
Le déplacement de l’ambassadeur français aux cérémonies de Sétif n’épuise pas la difficulté. Plusieurs dossiers structurels demeurent suspendus, à commencer par celui des visas, devenu l’un des principaux irritants politiques. La droite et l’extrême droite françaises pèsent sur l’exécutif pour durcir la délivrance des titres de séjour, tandis que l’accord franco-algérien de 1968, qui régit le statut des ressortissants algériens en France, est régulièrement remis en cause dans le débat public hexagonal.
L’appareil diplomatique français parie néanmoins sur un effet d’entraînement. La présence officielle à Sétif, conjuguée à des contacts réactivés au niveau ministériel, doit ouvrir la voie à une visite de plus haut niveau dans les prochains mois. Reste à savoir si Alger acceptera de dissocier la question saharienne du reste de l’agenda bilatéral. À ce stade, aucun signal public ne le confirme. Le déplacement de vendredi mesurera, à tout le moins, l’épaisseur du fil ténu qui relie encore les deux capitales.
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