La Société nationale des hydrocarbures (SNH) mobilise 215 millions de dollars en faveur du projet de raffinerie de Kribi, port en eau profonde situé sur la côte sud du Cameroun. Le bras armé de l’État dans le secteur pétrolier confirme ainsi son rôle de pivot financier pour une infrastructure que Yaoundé inscrit dans sa stratégie de souveraineté énergétique. Le tour de table autour de cet équipement industriel patine depuis plusieurs années, et l’apport de la compagnie publique entend lever une partie des incertitudes qui pèsent sur le calendrier.
L’enveloppe annoncée constitue un signal envoyé aux partenaires techniques et financiers attendus sur le projet. En engageant ses propres ressources, la SNH cherche à crédibiliser le montage et à entraîner d’autres bailleurs derrière elle. Le geste tranche avec la prudence habituelle des compagnies nationales africaines, souvent contraintes par la volatilité des cours du brut et les arbitrages budgétaires de leurs tutelles.
Kribi, pièce maîtresse de l’aval pétrolier camerounais
Le choix de Kribi n’est pas anodin. La cité balnéaire abrite déjà un port en eau profonde opérationnel depuis 2018, un terminal flottant de regazéification du gaz naturel liquéfié et plusieurs projets industriels lourds. L’agglomération s’impose comme le nouveau hub logistique du Cameroun, en complément de Douala. Y implanter une raffinerie permettrait de capter une partie de la demande régionale et de fluidifier les chaînes d’approvisionnement vers le Tchad, la République centrafricaine et le nord du pays.
L’enjeu est aussi industriel. La Société nationale de raffinage (Sonara), basée à Limbé, fonctionne en mode dégradé depuis l’incendie qui a ravagé ses installations en mai 2019. Privé d’outil de transformation à pleine capacité, le Cameroun importe massivement carburants et produits dérivés, ce qui pèse sur sa balance commerciale et sur les finances publiques par le biais des subventions à la pompe. La raffinerie de Kribi pourrait progressivement combler ce vide, voire se substituer durablement à la Sonara si la reconstruction de cette dernière s’enlise.
Un pari budgétaire pour la SNH
Pour la SNH, l’engagement financier n’est pas neutre. La compagnie reverse traditionnellement au Trésor public l’essentiel de ses recettes de commercialisation du brut camerounais. Mobiliser 215 millions de dollars sur un projet aval suppose donc un arbitrage assumé entre contribution budgétaire de court terme et investissement productif de long terme. L’opération s’inscrit dans une logique d’intégration verticale que plusieurs majors africaines, à l’image de la nigériane NNPC, tentent également de déployer.
Reste la question du modèle économique. Le raffinage en Afrique centrale demeure structurellement fragile, exposé à la concurrence des produits importés depuis l’Europe du Nord ou le Golfe arabo-persique, souvent vendus à des prix difficiles à concurrencer. Pour rentabiliser Kribi, les promoteurs devront sécuriser un approvisionnement en brut compatible avec les caractéristiques techniques de l’unité, négocier des accords d’enlèvement avec les distributeurs régionaux et bénéficier d’un environnement fiscal stable. Aucun de ces paramètres n’est aujourd’hui définitivement verrouillé.
Souveraineté énergétique et signal aux partenaires
L’investissement annoncé intervient dans un contexte où plusieurs États du golfe de Guinée cherchent à reprendre la main sur leur aval pétrolier. Le Nigeria a inauguré la raffinerie de Dangote, le Sénégal renforce les capacités de la Société africaine de raffinage, et l’Angola multiplie les projets à Cabinda et Soyo. Le Cameroun, jusqu’ici en retrait, ne peut se permettre de rester spectateur sans risquer de devenir un débouché captif pour ses voisins.
Concrètement, la mise en service de la raffinerie de Kribi dépendra de la capacité de la SNH à boucler le financement complémentaire, à finaliser l’ingénierie et à attirer un opérateur industriel crédible. Le calendrier précis n’a pas été communiqué, mais les 215 millions de dollars engagés posent une première pierre tangible. Pour les partenaires en lice, le signal est lisible : Yaoundé entend faire de cette infrastructure un dossier prioritaire de sa politique énergétique.
Selon Financial Afrik, l’apport financier de la compagnie publique camerounaise marque une étape décisive dans la matérialisation du projet.
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