L’affaire Bilie-By-Nze occupe désormais une place centrale dans le débat politique gabonais. L’ancien chef du gouvernement, dernier Premier ministre d’Ali Bongo Ondimba avant le coup d’État du 30 août 2023, se retrouve au cœur d’une polémique qui devait, selon ses initiateurs, clore un chapitre encombrant de la transition. Le résultat paraît inverse. Dans une tribune publiée par Gabon Review, l’éditorialiste Michel Ongoundou Loundah décrit une opération qui, à force d’excès, a métamorphosé une cible en figure sympathique.
Un acharnement qui produit l’effet inverse
Le raisonnement de l’auteur s’appuie sur une observation classique des affaires politico-judiciaires : la surexposition nuit à l’accusation quand elle donne le sentiment d’un règlement de comptes. À Libreville, l’insistance mise à mettre en cause Alain-Claude Bilie-By-Nze a progressivement brouillé le message initial. Au lieu d’isoler un responsable présumé de l’ancien système, la séquence a dessiné les contours d’un adversaire politique traqué.
Cette mécanique n’est pas neuve sur le continent. Elle a déjà joué au Sénégal, au Mali ou en Tunisie, où des procédures judiciaires à forte charge politique ont nourri la popularité de leurs cibles. Le Gabon semble reproduire ce schéma. L’ancien Premier ministre, longtemps perçu comme un pur produit du régime déchu, bénéficie désormais d’un capital de compassion qu’il n’aurait pu construire seul. La tribune parle de pantalonnade, terme choisi pour souligner le caractère décousu de l’offensive.
Une transition gabonaise sous pression
L’épisode intervient dans un contexte sensible. Depuis la prise du pouvoir par le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI) en août 2023, puis l’élection présidentielle d’avril 2025 remportée par le général Brice Clotaire Oligui Nguema, les autorités gabonaises entendent tourner la page de cinquante-six ans de règne de la famille Bongo. Cette ambition suppose un travail de vérité sur la gouvernance passée, mais aussi une discipline dans le traitement des responsabilités individuelles.
Or l’affaire Bilie-By-Nze illustre la difficulté de cette ligne de crête. L’ancien Premier ministre a fondé son propre parti, Ensemble pour le Gabon, et s’est présenté à la présidentielle, où il a terminé deuxième. Il incarne désormais une opposition structurée, capable de capitaliser sur toute maladresse du pouvoir. Chaque initiative perçue comme un harcèlement consolide sa stature. Le pouvoir en place, de son côté, prend le risque de voir son image de rupture entamée par des procédés jugés expéditifs.
Une équation politique à somme négative
Le titre de la tribune résume le diagnostic : tous perdants. L’auteur ne se contente pas d’accabler les instigateurs de l’offensive. Il souligne que Bilie-By-Nze lui-même sort affaibli symboliquement d’un feuilleton où il apparaît constamment sur la défensive. Les institutions judiciaires, censées incarner une rupture avec les pratiques antérieures, voient leur crédibilité mise à l’épreuve. L’opinion publique, enfin, assiste à un spectacle qui détourne l’attention des chantiers économiques et sociaux.
Le Gabon, premier producteur africain de manganèse et acteur pétrolier régional, affronte des défis concrets. La dette publique dépasse 70 % du produit intérieur brut selon les projections du Fonds monétaire international, et la diversification économique reste embryonnaire. Dans ce contexte, l’énergie politique consacrée à des querelles de personnes apparaît d’autant plus coûteuse. La tribune pointe ce décalage entre l’ampleur des attaques et la maigreur du bénéfice politique escompté.
Reste une question ouverte : celle du point d’atterrissage. L’affaire peut encore se résorber par un geste d’apaisement ou s’enliser dans une bataille de communication qui abîmera durablement la transition. Les précédents régionaux invitent à la prudence. La séquence gabonaise rappelle que la justice transitionnelle, quand elle se confond avec l’élimination d’un rival, se retourne presque toujours contre ses artisans. Selon Gabon Review, la tribune de Michel Ongoundou Loundah entend précisément alerter sur ce basculement.
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