Sécheresse en Somalie : l’OIM recense plus de 60 000 déplacés

Happy children playing soccer on a sunny day in Somalia.Photo : Mo Liban / Pexels

La sécheresse en Somalie prend une tournure critique. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a chiffré à plus de 60 000 le nombre de personnes déjà déplacées par l’aridification accélérée des zones rurales, et alerte sur l’imminence d’une crise humanitaire d’ampleur régionale. Les premières victimes sont des familles pastorales et agricoles privées d’accès à l’eau et aux pâturages, contraintes de rejoindre des centres urbains déjà saturés ou des camps de fortune. L’agence onusienne redoute que la saison des pluies attendue au printemps ne suffise pas à enrayer la dynamique des départs.

Une crise humanitaire aux projections alarmantes

Selon les estimations de l’OIM, environ 125 000 personnes supplémentaires pourraient être déplacées entre avril et la fin du mois de juin, en dépit des précipitations annoncées par les services météorologiques. Cette projection s’ajoute au stock actuel de déplacés internes somaliens, l’un des plus élevés au monde rapporté à la population nationale. La conjonction de la pénurie hydrique, de l’effondrement des troupeaux et de la flambée des prix alimentaires nourrit une spirale que les acteurs humanitaires peinent à contenir.

La Corne de l’Afrique enchaîne depuis plusieurs années des épisodes climatiques extrêmes, alternant sécheresses prolongées et inondations brutales. Pour la Somalie, État fragile confronté à une insurrection islamiste tenace et à des institutions centrales aux capacités limitées, chaque choc environnemental se traduit par un surcroît de vulnérabilité. Les régions du centre et du sud, déjà exposées aux opérations des milices shebab, concentrent une large part des déplacements recensés ces dernières semaines.

Des capacités d’accueil sous tension

Les sites d’accueil autour de Mogadiscio, Baidoa et Kismayo absorbent l’essentiel des arrivées. Ces villes, déjà engorgées par des vagues précédentes de déplacés, voient leurs infrastructures de base soumises à rude épreuve. L’accès à l’eau potable, aux soins de santé primaires et à l’assainissement devient problématique pour des populations qui n’ont, pour la plupart, aucune perspective de retour à court terme. Les organisations humanitaires présentes sur le terrain signalent une hausse des cas de malnutrition aiguë, en particulier chez les enfants de moins de cinq ans.

Le financement de la réponse humanitaire constitue l’autre point de fragilité. Les appels de fonds lancés pour la Corne de l’Afrique demeurent sous-dotés, dans un contexte international marqué par une multiplication des urgences concurrentes, du Soudan à Gaza en passant par l’Ukraine. Les bailleurs occidentaux, historiquement piliers de l’aide à la Somalie, ont revu à la baisse plusieurs enveloppes, contraignant les agences onusiennes à rationner leurs interventions. Cette contraction budgétaire intervient au pire moment pour un pays où près de la moitié de la population dépend d’une forme d’assistance extérieure.

Un enjeu stratégique pour la Corne de l’Afrique

Au-delà de la dimension humanitaire, la crise climatique somalienne comporte une charge géopolitique que les chancelleries régionales suivent avec attention. Les mouvements de population fragilisent la cohésion territoriale d’un État fédéral encore inachevé, et alimentent des tensions foncières dans les zones d’accueil. Ils offrent également aux groupes armés un terrain propice au recrutement, les jeunes déplacés privés de perspectives économiques constituant une cible de choix pour les réseaux extrémistes.

Les partenaires de Mogadiscio, au premier rang desquels l’Union africaine, les Émirats arabes unis, la Turquie et les États-Unis, restent engagés dans le soutien sécuritaire et institutionnel du pays. Mais la dimension climatique de la crise impose une révision des approches, les réponses strictement militaires ou politiques s’avérant insuffisantes face à une déstabilisation d’origine environnementale. Plusieurs experts plaident pour un renforcement des mécanismes d’adaptation au changement climatique, incluant la sécurisation de l’accès à l’eau, la diversification des moyens de subsistance pastoraux et la consolidation des systèmes d’alerte précoce.

Dans l’intervalle, la fenêtre d’action se rétrécit. Si les pluies d’avril à juin se révélaient inférieures aux attentes, comme l’anticipent plusieurs modèles climatiques régionaux, le scénario d’une famine localisée ne pourrait être écarté. L’OIM et ses partenaires appellent à une mobilisation rapide des donateurs pour éviter que la Somalie ne bascule une nouvelle fois dans une urgence alimentaire comparable à celle de 2011. Selon Le Monde Afrique, l’agence onusienne insiste sur le caractère déterminant des prochaines semaines.

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Léa Mbongo
Reporter société, Léa Mbongo s'intéresse aux enjeux agricoles, environnementaux et de santé publique en Afrique francophone. Elle a couvert les crises climatiques du Sahel, les politiques de sécurité alimentaire et l'émergence des filières agroalimentaires locales. Ses reportages donnent la parole aux acteurs de terrain.

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