L’industrie minière au Sénégal dispose d’un baromètre : Sabodala Gold Operations (SGO), filiale locale du canadien Endeavour Mining et exploitante du complexe de Sabodala-Massawa, dans la région orientale de Kédougou. Son directeur général, Abdoul Aziz Sy, a accordé un entretien détaillé pour mesurer l’empreinte réelle du groupe, premier producteur d’or du pays. L’exercice tombe à un moment où les autorités de Dakar revoient leur doctrine de souveraineté sur les ressources extractives et renégocient la répartition de la rente.
Un actif aurifère structurant pour l’économie sénégalaise
Sabodala-Massawa demeure la colonne vertébrale de la production d’or sénégalaise. Issue du rapprochement, en 2021, des actifs historiques de Sabodala et du gisement de Massawa acquis auprès de Barrick et Randgold, l’opération est aujourd’hui pilotée par Endeavour Mining, coté à Londres et à Toronto. Le complexe alimente à lui seul l’essentiel des exportations aurifères du pays, devant les sites de Mako et de Boto. Cette concentration confère à SGO un rôle singulier dans les recettes fiscales, la balance commerciale et l’emploi régional.
Dans ses prises de parole, Abdoul Aziz Sy met l’accent sur la contribution cumulée du groupe aux finances publiques : redevances minières, impôt sur les sociétés, dividendes versés à l’État sénégalais au titre de sa participation, droits et taxes douanières. Le dirigeant insiste sur la stabilité d’un opérateur industriel capable d’amortir la volatilité des cours internationaux de l’or, qui évoluent depuis plusieurs trimestres à des niveaux historiquement élevés. Cette conjoncture favorable gonfle mécaniquement la contribution fiscale, mais rouvre aussi le débat politique sur le partage de la valeur.
Contenu local, emploi et sous-traitance sénégalaise
Le deuxième volet défendu par le directeur général porte sur le contenu local. La loi de 2022 sur le local content impose aux opérateurs extractifs de privilégier la main-d’œuvre, les biens et les services nationaux. SGO affirme s’inscrire dans cette trajectoire en faisant monter en puissance une base de fournisseurs sénégalais, notamment dans la logistique, la maintenance industrielle, la restauration de site et les travaux de génie civil. L’entreprise revendique également une part élevée de cadres et d’ouvriers sénégalais au sein de ses effectifs directs.
Reste que la sous-traitance minière demeure un secteur technique où la transition vers des PME locales capables d’absorber les normes de sécurité, de qualité et de conformité environnementale exige du temps. Abdoul Aziz Sy reconnaît la nécessité d’accompagner financièrement ces prestataires, à travers des délais de paiement maîtrisés et des programmes de certification. La filière aurifère sénégalaise espère ainsi reproduire certains modèles observés en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso, où Endeavour opère également.
Kédougou, communautés locales et acceptabilité sociale
L’empreinte territoriale du groupe à Kédougou cristallise les attentes. La région, l’une des plus pauvres du pays malgré sa richesse minière, attend des infrastructures, des emplois durables et une diversification économique. Le DG de SGO détaille les investissements communautaires financés via les plans de développement local : accès à l’eau, écoles, santé, appui aux coopératives agricoles. Ces programmes, articulés avec le fonds d’appui au développement local prévu par le Code minier, visent à consolider l’acceptabilité sociale d’un site qui emploie plusieurs milliers de personnes, directes et indirectes confondues.
La coexistence avec l’orpaillage artisanal, très actif dans le Sénégal oriental, figure parmi les défis opérationnels. Les autorités tentent de formaliser ce pan informel de la filière pour sécuriser les revenus des communautés et limiter les externalités environnementales, notamment l’usage du mercure. Sur ce front, Endeavour se positionne comme un partenaire technique, en lien avec les services du ministère en charge des Mines.
À horizon 2025-2027, l’enjeu pour SGO sera de maintenir la cadence de production tandis que certaines zones du gisement historique s’épuisent, au profit de l’exploitation accrue de Massawa. La trajectoire de l’opérateur conditionnera, pour partie, la tenue des objectifs budgétaires de Dakar et la crédibilité du nouveau contrat social voulu entre l’État, les investisseurs et les territoires miniers. Selon Seneweb.
Pour aller plus loin
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