Gabon : l’Agasa interdit la vente de jus et glaces artisanaux

Street vendor preparing jollof rice on a busy urban street, showcasing culinary culture.Photo : Jboy Designer / Pexels

L’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (Agasa) a annoncé l’interdiction immédiate de la vente de jus et de glaces artisanaux sur le territoire national. La mesure, présentée comme une réponse aux risques sanitaires posés par ces produits écoulés massivement en bord de route et dans les quartiers populaires, traduit une volonté de reprise en main du contrôle alimentaire au Gabon. Elle intervient dans un contexte de transition politique où les autorités multiplient les signaux de rigueur réglementaire.

Concrètement, sont visés les jus conditionnés en sachets plastiques, les glaces dites « mister freeze » et autres préparations sucrées congelées, vendus le plus souvent par des particuliers sans agrément ni traçabilité. Ces denrées, prisées pour leur prix modique dans un climat équatorial peu clément, échappent depuis longtemps à toute forme d’inspection. Le régulateur gabonais estime que leur fabrication, réalisée dans des conditions d’hygiène approximatives, expose les consommateurs à des contaminations bactériennes et chimiques.

Une mesure motivée par des risques sanitaires documentés

L’Agasa met en avant plusieurs facteurs de dangerosité. Les emballages utilisés ne répondent généralement à aucune norme alimentaire, l’eau employée pour la préparation n’est pas systématiquement potable, et les colorants comme les arômes proviennent de circuits non contrôlés. À ces défauts structurels s’ajoute l’absence de chaîne du froid maîtrisée, particulièrement critique pour des produits glacés exposés à des ruptures fréquentes de réfrigération.

Les enfants, premiers consommateurs de ces friandises bon marché à la sortie des écoles, constituent la population la plus vulnérable. Plusieurs cas de troubles gastro-intestinaux ont été signalés ces dernières années, sans qu’une étude épidémiologique d’ampleur n’ait été rendue publique. L’agence sanitaire entend désormais documenter ces incidents et systématiser les contrôles sur les marchés, les abords scolaires et les zones de forte affluence comme Libreville, Port-Gentil ou Franceville.

Un secteur informel sous pression réglementaire

La portée économique de la mesure n’est pas anodine. Le commerce de jus et de glaces artisanaux fait vivre des milliers de petits producteurs, majoritairement des femmes, qui y trouvent une source de revenus dans un pays où le chômage des jeunes et l’informel demeurent structurels. L’interdiction risque d’accentuer la précarité de ces acteurs si elle n’est pas accompagnée de dispositifs de mise aux normes ou de reconversion.

Plusieurs voix appellent l’Agasa à publier rapidement un cahier des charges accessible, prévoyant des conditions minimales d’hygiène, des emballages homologués et un agrément simplifié pour les microentrepreneurs. Sans accompagnement, l’application stricte de la décision pourrait pousser ces activités vers une clandestinité accrue, compliquant à terme le travail même des autorités sanitaires.

Le régulateur affirme qu’il déploiera des équipes mixtes avec les services de la police économique et des municipalités pour faire respecter l’interdiction. Des saisies et des sanctions financières sont annoncées pour les contrevenants, avec une montée en puissance progressive sur plusieurs semaines. Cette approche graduelle vise à éviter une rupture brutale tout en envoyant un message clair aux producteurs informels.

Une stratégie plus large de souveraineté sanitaire

La décision s’inscrit dans une dynamique régionale de renforcement des dispositifs de sécurité alimentaire. Plusieurs pays d’Afrique centrale ont engagé ces dernières années des réformes pour mieux encadrer les denrées importées et localement transformées, sous l’impulsion notamment de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). Le Gabon, importateur net de produits alimentaires, cherche à concilier protection du consommateur et structuration progressive de filières locales conformes.

Reste à mesurer la capacité opérationnelle de l’Agasa à couvrir un territoire vaste et à pénétrer les circuits de proximité où s’échange la majorité des produits visés. Les moyens humains et logistiques de l’agence demeurent limités au regard de l’ampleur du marché informel. La réussite de cette interdiction dépendra autant de la pédagogie déployée auprès des consommateurs que de la fermeté des contrôles sur le terrain.

Selon Info 241, l’Agasa entend assumer pleinement son rôle de garant de la santé publique en faisant primer la protection du consommateur sur la tolérance vis-à-vis des pratiques informelles.

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About the Author

Léa Mbongo
Reporter société, Léa Mbongo s'intéresse aux enjeux agricoles, environnementaux et de santé publique en Afrique francophone. Elle a couvert les crises climatiques du Sahel, les politiques de sécurité alimentaire et l'émergence des filières agroalimentaires locales. Ses reportages donnent la parole aux acteurs de terrain.

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