Gabon : l’insecticide Super Rambo retiré pour fraude sanitaire

Discarded spray cans scattered among autumn leaves on urban ground.Photo : Egor Komarov / Pexels

Le retrait de l’insecticide Super Rambo du marché gabonais, ordonné par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), confirme la vulnérabilité des circuits de distribution de produits chimiques domestiques au Gabon. Selon l’autorité, le contenu réel des bombes aérosols vendues sous cette marque est composé à 99 % de kérosène, en contradiction directe avec la liste des principes actifs imprimés sur l’emballage. La mesure de retrait s’applique à l’ensemble des points de vente, des grandes surfaces aux étals informels.

Une fraude documentée par la DGCCRF

Les analyses diligentées par la DGCCRF ont mis en évidence un écart majeur entre la composition annoncée et la réalité chimique du produit. Là où l’étiquette mentionne des molécules insecticides classiques, les laboratoires ont identifié un hydrocarbure léger, le kérosène, employé habituellement comme carburant ou solvant industriel. Cette substitution réduit drastiquement l’efficacité contre les moustiques et autres nuisibles, tout en exposant les utilisateurs à des vapeurs inflammables et toxiques en milieu confiné.

L’administration gabonaise n’a pas précisé l’origine exacte des lots incriminés, ni le volume retiré. Le produit, vendu à bas prix, circulait largement dans les quartiers populaires de Libreville et des principales villes du pays. La DGCCRF rappelle aux distributeurs leur obligation de vérification et menace de sanctions ceux qui maintiendraient le produit en rayon. Les consommateurs sont invités à rapporter les bombes encore en leur possession.

Un risque sanitaire et incendiaire avéré

Au-delà de la tromperie commerciale, le dossier Super Rambo soulève une question de santé publique. L’inhalation prolongée de kérosène pulvérisé peut provoquer irritations respiratoires, maux de tête, nausées et, dans les cas les plus graves, des pneumopathies chimiques. Le risque est démultiplié pour les enfants, les femmes enceintes et les personnes asthmatiques. Pulvérisé près d’une flamme ou d’une source de chaleur, le produit devient par ailleurs un accélérateur d’incendie.

Le contexte gabonais, marqué par une forte pression des moustiques vecteurs du paludisme et de la dengue, alimente une demande continue d’insecticides domestiques. Cette pression sanitaire constitue précisément la brèche que des opérateurs peu scrupuleux exploitent, en proposant des produits contrefaits à des prix défiant toute concurrence. Les autorités sanitaires recommandent de privilégier les marques homologuées et les moustiquaires imprégnées, dont la chaîne de contrôle reste mieux tracée.

La régulation gabonaise face aux importations parallèles

L’affaire Super Rambo illustre les difficultés structurelles de la surveillance des produits de grande consommation au Gabon. Le pays importe la quasi-totalité de ses produits ménagers et phytosanitaires, principalement via les ports de Libreville et d’Owendo, ainsi que par voie terrestre depuis le Cameroun. Les contrôles à l’entrée restent inégaux, et les contrefaçons asiatiques ou ouest-africaines pénètrent fréquemment le marché sous des noms évocateurs censés rassurer le consommateur.

La DGCCRF, créée pour protéger le pouvoir d’achat et la sécurité des ménages, s’appuie sur des effectifs limités au regard de l’étendue du territoire et de la diversité des points de vente. Ses interventions se concentrent souvent sur les produits alimentaires et les hydrocarbures, laissant le segment des insecticides relativement peu surveillé. Le retrait actuel, de fait, intervient après que le produit a circulé pendant plusieurs mois.

Les autorités gabonaises évoquent une montée en puissance des dispositifs de traçabilité, notamment par le rapprochement entre la DGCCRF, les douanes et l’Agence gabonaise de normalisation. Reste que la dépendance aux importations et l’attractivité des produits à bas coût continueront, à court terme, d’alimenter ce type de scandale. Pour les industriels légitimes du secteur des produits ménagers, la lutte contre les contrefaçons devient un enjeu de réputation autant que de parts de marché.

Concrètement, le ministère du Commerce annonce un renforcement des inspections inopinées dans les commerces de détail au cours des prochaines semaines. Les contrevenants s’exposent à des amendes et, en cas de récidive, à la fermeture administrative de leurs établissements. Selon Gabon Review, la DGCCRF n’exclut pas l’ouverture d’une procédure judiciaire contre les importateurs de Super Rambo.

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Léa Mbongo
Reporter société, Léa Mbongo s'intéresse aux enjeux agricoles, environnementaux et de santé publique en Afrique francophone. Elle a couvert les crises climatiques du Sahel, les politiques de sécurité alimentaire et l'émergence des filières agroalimentaires locales. Ses reportages donnent la parole aux acteurs de terrain.

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