Gabon : un chasseur américain tué par des éléphants à Lopé-Okanda

A majestic African elephant walking through the lush Tanzanian wilderness.Photo : Tomasz Dworczyk - Podróż za Milion Zdjęć / Pexels

Le drame s’est noué vendredi 17 avril dans la forêt tropicale de Lopé-Okanda, au cœur du Gabon, lorsque le chasseur californien Ernie Dosio, 75 ans, a été piétiné à mort par un troupeau d’éléphants de forêt. Originaire de Lodi, en Californie, l’homme d’affaires traquait le céphalophe à dos jaune, une antilope forestière, en compagnie d’un guide professionnel. Les deux hommes se sont retrouvés face à cinq éléphantes accompagnées d’un éléphanteau. Le guide a survécu à la charge, mais a été grièvement blessé. L’agence Collect Africa, qui organisait l’expédition, a confirmé le décès de son client dans un communiqué.

Un parc emblématique de la conservation gabonaise

Inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2007, le parc de la Lopé-Okanda constitue l’un des joyaux écologiques du bassin du Congo. Il abrite une mosaïque rare de savanes et de forêts denses, refuge d’une faune emblématique parmi laquelle l’éléphant de forêt, Loxodonta cyclotis, occupe une place centrale. Le Gabon concentre à lui seul environ deux tiers de la population mondiale de cette espèce, dont les effectifs sont estimés à moins de 150 000 individus, contre plusieurs millions à l’apogée historique de l’espèce, selon le Muséum national d’histoire naturelle.

L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a relevé en 2021 le statut de l’éléphant de forêt à la catégorie en danger critique d’extinction, après avoir constaté un effondrement de plus de 80 % des populations sur trois générations. Cette classification, la plus sévère avant l’extinction à l’état sauvage, traduit la pression conjuguée du braconnage, de la fragmentation de l’habitat et des conflits avec les communautés humaines installées en lisière des aires protégées.

Un cadre cynégétique encadré mais contesté

Le Gabon autorise, sous conditions strictes, la chasse de certaines espèces dans des zones cynégétiques délimitées, en marge de son réseau de treize parcs nationaux. Les autorités présentent ces quotas comme un instrument de gestion adaptative, censé alimenter les budgets de conservation et limiter les conflits homme-faune. Collect Africa, basée en Afrique du Sud, opère dans ce cadre légal et commercialise des séjours de chasse au gros gibier auprès d’une clientèle internationale fortunée, principalement nord-américaine et européenne.

Ernie Dosio incarnait précisément ce profil. Chasseur chevronné, il avait accumulé au fil des décennies une collection de trophées comprenant éléphant, léopard, rhinocéros, buffle et lion. Un de ses proches, ancien chasseur installé au Cap, a souligné auprès du Daily Mail que toutes ses parties de chasse étaient strictement autorisées et déclarées, présentées comme relevant d’activités de régulation. Cet argumentaire, récurrent dans les milieux cynégétiques, divise profondément la communauté scientifique et les ONG environnementales, qui contestent l’efficacité conservatrice de la chasse sportive sur des espèces déjà fragilisées.

Un signal pour la filière touristique gabonaise

Pour Libreville, le drame survient à un moment charnière. Les autorités issues de la transition cherchent à diversifier les revenus du pays, longtemps suspendus à la rente pétrolière, en misant notamment sur l’écotourisme et la valorisation des services écosystémiques. La chasse encadrée, qui rapporte des devises substantielles, coexiste mal avec cette ambition de marque verte. Plusieurs accidents impliquant des éléphants de forêt, animaux réputés plus nerveux et imprévisibles que leurs cousins de savane, ont déjà été recensés ces dernières années.

Sur le plan opérationnel, la mort d’un client étranger de 75 ans place les opérateurs cynégétiques face à des questions immédiates : sélection des clients, encadrement médical, distance de tir, formation des guides à la gestion des hardes maternelles. Les éléphantes accompagnées de jeunes adoptent un comportement défensif documenté, qui rend leur rencontre particulièrement dangereuse en sous-bois dense, où les distances de réaction se comptent en quelques mètres.

Reste l’image internationale du Gabon, étroitement liée à sa biodiversité. Chaque incident dans la Lopé met sous tension l’équilibre fragile entre exploitation cynégétique, protection stricte et tourisme d’observation, trois modèles qui se disputent l’avenir des forêts équatoriales d’Afrique centrale. Selon le Daily Mail, relayé par Africtelegraph.

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Léa Mbongo
Reporter société, Léa Mbongo s'intéresse aux enjeux agricoles, environnementaux et de santé publique en Afrique francophone. Elle a couvert les crises climatiques du Sahel, les politiques de sécurité alimentaire et l'émergence des filières agroalimentaires locales. Ses reportages donnent la parole aux acteurs de terrain.

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