Le Mali traverse une nouvelle phase d’instabilité depuis le 25 avril 2026, marquée par une convergence opérationnelle inattendue entre deux acteurs armés que tout opposait sur le papier. D’un côté, le Front de libération de l’Azawad (FLA), héritier de la mouvance indépendantiste touarègue qui revendique l’autonomie du nord. De l’autre, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), affilié à Al-Qaïda et longtemps en concurrence territoriale avec les groupes séparatistes. Leur action conjointe contre les Forces armées maliennes (FAMa) et les supplétifs russes de l’Africa Corps marque un tournant dans la grammaire du conflit sahélien.
Une convergence tactique entre le FLA et le Jnim
L’alliance circonstancielle entre rebelles azawadiens et jihadistes du Jnim constitue le fait saillant de cette séquence. Les deux mouvements ont longtemps évolué dans des logiques distinctes, parfois antagonistes, en particulier depuis 2012 et la reprise de Kidal et Tombouctou par les groupes islamistes au détriment de la rébellion touarègue. Le rapprochement observé depuis fin avril traduit une lecture commune du rapport de force face à Bamako et à ses partenaires russes. Pour les chefs de guerre du nord, la priorité paraît désormais d’épuiser militairement l’État central et ses auxiliaires étrangers, avant de trancher la question politique de l’Azawad.
Cette convergence n’est pas qu’un effet d’opportunité. Elle s’inscrit dans la dégradation continue de la situation sécuritaire depuis le retrait, en 2023, de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma), puis le départ des forces françaises. Le vide opérationnel laissé dans les régions de Kidal, Gao et Ménaka a été partiellement comblé par les FAMa et l’Africa Corps, formation russe qui a succédé au groupe Wagner après la mort d’Evguéni Prigojine. Mais la pression exercée sur ce dispositif s’accroît à mesure que les coalitions adverses gagnent en mobilité.
L’Africa Corps et les FAMa sous tension
Les paramilitaires russes déployés au Mali se trouvent en première ligne d’une guerre qui a changé de nature. Là où les opérations antérieures ciblaient principalement des katibas jihadistes mobiles, les engagements récents combinent embuscades en zones désertiques, harcèlement logistique et attaques contre des positions fixes. La perte d’aéronefs, de blindés et de combattants étrangers documentée lors des derniers mois pèse sur la doctrine d’emploi de l’Africa Corps, qui repose sur des effectifs réduits projetés en appui des unités maliennes.
Pour Bamako, l’enjeu est aussi politique. Les autorités de transition, issues du double coup d’État de 2020 et 2021, ont fondé leur légitimité sur la promesse d’un retour de la souveraineté sur l’ensemble du territoire. La conjonction d’une offensive séparatiste et d’une pression jihadiste sur les axes structurants du pays interroge la viabilité de cette doctrine sécuritaire, alors que la Confédération des États du Sahel, formée avec le Burkina Faso et le Niger, peine à mutualiser des moyens à la hauteur des menaces.
Une diaspora malienne sous le choc
Au-delà du théâtre militaire, la séquence ouverte le 25 avril nourrit une vive inquiétude au sein de la diaspora malienne, particulièrement nombreuse en France, en Côte d’Ivoire et au sein de l’espace ouest-africain. Les ressortissants installés à l’étranger redoutent un embrasement durable des régions du nord et du centre, ainsi que des répercussions sur les transferts financiers, ressource vitale pour de nombreuses familles. La question des évacuations éventuelles depuis les zones les plus exposées se pose, dans un contexte où les liaisons aériennes commerciales restent fragiles.
Sur le plan régional, l’épisode est suivi de près par les capitales voisines. La Mauritanie, l’Algérie et le Sénégal observent les conséquences possibles d’une déstabilisation accrue, qu’il s’agisse de flux de réfugiés, de débordements transfrontaliers ou de recompositions au sein des groupes armés. Pour les partenaires extérieurs, et notamment Moscou, le défi consiste à préserver une présence devenue emblématique de la stratégie russe en Afrique francophone, sans surenchère qui exposerait davantage les forces déployées. Les prochaines semaines diront si le rapprochement entre le FLA et le Jnim relève d’une coordination conjoncturelle ou d’une recomposition plus structurelle du paysage insurgé. Selon RFI Afrique.
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