Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a posé une condition explicite à toute négociation avec Washington : la cessation de la guerre menée par Israël au Liban et le retrait des troupes israéliennes des positions qu’elles occupent dans le sud du pays. La déclaration, relayée depuis Téhéran, vient lier directement le dossier nucléaire et diplomatique iranien à la situation sécuritaire libanaise, rompant avec l’approche segmentée que les États-Unis tentent d’imposer dans leurs discussions avec la République islamique.
Le Liban érigé en préalable diplomatique
En conditionnant explicitement tout accord avec les États-Unis à la fin des hostilités contre le Liban, Ghalibaf élargit le périmètre de la négociation. Jusqu’ici, l’administration américaine s’efforçait de circonscrire le dialogue au programme nucléaire et aux activités régionales de l’Iran, en traitant séparément les fronts yéménite, irakien et libanais. La sortie du président du Majlis signale que Téhéran refuse ce découpage et entend faire du sort de son allié libanais, le Hezbollah, un marqueur non négociable de sa politique étrangère.
Cette position n’est pas anodine sur le plan institutionnel. Ghalibaf, ancien commandant du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et figure du camp conservateur, parle à la fois en qualité de second personnage de l’État et de relais des positions sécuritaires du régime. Ses propos balisent la marge de manœuvre du gouvernement dans tout processus de pourparlers, qu’il soit direct ou indirect, avec l’administration américaine.
Une pression sur l’exécutif libanais
Le quotidien Al Akhbar, proche de l’axe de la résistance, accompagne cette déclaration d’une charge virulente contre les autorités libanaises, qualifiées de « pouvoir soumis qui implore l’ennemi ». La formule vise la ligne adoptée par Beyrouth depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu négocié fin 2024, perçue par une partie de la scène politique libanaise comme trop conciliante à l’égard des exigences israéliennes et américaines, notamment sur la question du désarmement du Hezbollah au sud du Litani.
Le contraste est saisissant entre les deux registres. D’un côté, Téhéran affiche une posture de fermeté stratégique et refuse de dissocier le dossier libanais de la grande négociation régionale. De l’autre, l’exécutif libanais, confronté à une crise économique sans précédent et à une pression militaire continue dans le sud, se voit accusé par les voix proches du Hezbollah d’avoir renoncé aux leviers de souveraineté que lui conférait le rapport de force antérieur.
Ce que cela change pour la négociation avec Washington
Sur le plan tactique, l’intervention de Ghalibaf vise trois cibles simultanées. Elle adresse un message à Washington, en rappelant que la porte d’un accord ne s’ouvrira pas sans contrepartie sur le terrain libanais. Elle s’adresse aux capitales européennes, encore engagées dans la mécanique diplomatique autour du nucléaire iranien, pour leur signifier que tout compromis partiel se heurtera à ce préalable. Elle vise enfin l’opinion interne iranienne et les alliés régionaux, à qui Téhéran veut démontrer qu’il ne sacrifiera pas le Hezbollah sur l’autel d’un éventuel allègement des sanctions.
Le calcul comporte toutefois un risque. En liant publiquement les deux dossiers, Téhéran s’expose à un blocage durable si Washington refuse d’inscrire le retrait israélien du sud-Liban dans le périmètre négociable. La position américaine, qui distingue traditionnellement les dossiers sécuritaires israéliens de sa propre diplomatie avec l’Iran, laisse peu d’espace à une convergence rapide. Plusieurs diplomates occidentaux estiment que cette déclaration vise d’abord à durcir la main iranienne avant l’ouverture de discussions plus structurées.
Reste la dimension libanaise. Les frappes israéliennes se poursuivent par intermittence dans la Békaa et au sud du pays, tandis que les positions héritées de l’offensive de 2024 restent partiellement occupées. La déclaration du président du Majlis offre, dans ce contexte, un appui politique au Hezbollah face à un gouvernement libanais pressé par Washington d’accélérer le désarmement des groupes armés. Elle inscrit Beyrouth au centre d’une équation qui dépasse désormais largement ses frontières. Selon Al Akhbar.
Pour aller plus loin
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