Les autorités saoudiennes observent avec une préoccupation croissante l’évolution de la situation dans le détroit de Bab el-Mandeb, passage névralgique entre la mer Rouge et le golfe d’Aden. Selon les informations relayées par la presse libanaise, des canaux de communication restent actifs entre Ryad et Sanaa afin d’éviter un emballement susceptible de paralyser l’une des artères les plus sensibles du commerce mondial. Le sujet domine les tractations menées en coulisses avec les représentants du mouvement Ansar Allah, qui contrôle de fait la façade yéménite du détroit.
Une inquiétude saoudienne centrée sur la mer Rouge
La crainte principale exprimée côté saoudien porte sur un scénario de fermeture, même partielle, de Bab el-Mandeb. Une telle décision priverait le royaume d’un accès maritime essentiel pour ses exportations d’hydrocarbures et pour l’activité de ses ports situés sur la côte occidentale, à commencer par Djeddah. Les responsables saoudiens redoutent également que la zone d’instabilité ne s’étende vers le nord, au plus près des projets touristiques et industriels portés par la vision économique du prince héritier Mohammed ben Salmane.
Depuis le déclenchement des opérations menées par Ansar Allah en soutien à Gaza, le trafic maritime en mer Rouge s’est effondré. Les armateurs internationaux ont massivement détourné leurs navires par le cap de Bonne-Espérance, allongeant les trajets et renchérissant le coût du fret. Pour Ryad, cette reconfiguration des flux fragilise l’attractivité de la rive arabe et complique la mise en œuvre de NEOM, le mégaprojet adossé à la côte nord-ouest du royaume.
Sanaa pose ses conditions
Du côté yéménite, la direction d’Ansar Allah maintient une ligne cohérente depuis plusieurs mois. Les opérations visant les navires en mer Rouge sont présentées comme un levier de pression directement lié au conflit à Gaza. Les interlocuteurs du mouvement auraient indiqué à leurs contacts saoudiens qu’une désescalade maritime dépendait avant tout de l’arrêt des hostilités israéliennes contre l’enclave palestinienne, une position qui limite fortement la marge de manœuvre de Ryad.
Cette posture replace le dossier yéménite dans une équation régionale plus large, où les discussions bilatérales entre Saoudiens et Houthis ne peuvent plus être isolées du dossier palestinien. Les échanges déjà engagés ces dernières années sous médiation omanaise, qui avaient permis d’esquisser une feuille de route pour une sortie du conflit interne yéménite, se trouvent désormais percutés par la dimension régionale du conflit.
Bab el-Mandeb, verrou stratégique du commerce mondial
Le détroit de Bab el-Mandeb, large d’une trentaine de kilomètres dans sa partie la plus étroite, voyait transiter avant la crise près de 12 % du commerce maritime mondial et une part substantielle du trafic conteneurisé entre l’Asie et l’Europe. Sa fermeture, même temporaire, aurait des répercussions immédiates sur les chaînes d’approvisionnement, sur le prix du pétrole et sur les recettes du canal de Suez, dont l’Égypte tire une part essentielle de ses devises.
Pour Ryad, l’enjeu dépasse la seule sécurité de ses navires. Le royaume ambitionne de devenir un hub logistique régional et a massivement investi dans ses infrastructures portuaires de la mer Rouge. Toute perception durable d’insécurité autour de Bab el-Mandeb compromet ces plans et offre un avantage comparatif aux ports du Golfe, à commencer par Djebel Ali à Dubaï.
Dans ce contexte, la reprise d’un dialogue direct, même officieux, avec Sanaa apparaît comme une nécessité stratégique pour le royaume. Les chancelleries occidentales suivent avec attention ces contacts, conscientes que toute désescalade maritime passera probablement par un compromis négocié par les acteurs régionaux eux-mêmes. Reste que l’articulation entre dossier yéménite et guerre à Gaza rend l’horizon d’un accord particulièrement étroit. Selon Al Akhbar, les échanges entre Ryad et Sanaa se poursuivent autour de la question de la mer Rouge.
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