Le Hamas se prépare à désigner un nouveau chef de son bureau politique au terme d’un processus interne dont l’issue conditionnera l’orientation stratégique du mouvement palestinien pour les années à venir. Le scrutin intervient après une séquence marquée par l’élimination de plusieurs figures de premier plan, à commencer par Ismaïl Haniyeh, tué à Téhéran en juillet 2024, puis Yahya Sinwar, abattu par l’armée israélienne dans le sud de la bande de Gaza en octobre de la même année. Cette succession brutale a obligé le mouvement à recomposer dans l’urgence sa chaîne de commandement, tout en poursuivant des négociations indirectes sur le sort des otages et un éventuel cessez-le-feu.
Une élection sous contrainte de guerre
Le contexte de la consultation interne est sans précédent dans l’histoire de l’organisation. Les structures dirigeantes du Hamas, traditionnellement réparties entre Gaza, la Cisjordanie, les prisons israéliennes et la diaspora, fonctionnent depuis plus d’un an en mode dégradé. Les communications entre les différents conseils consultatifs (Majlis al-Choura) sont rendues complexes par les frappes ciblées et la surveillance électronique. Les électeurs, membres des instances internes du mouvement, doivent composer avec un paysage sécuritaire où chaque déplacement et chaque réunion peuvent exposer les participants à une riposte israélienne.
Au-delà de la logistique, c’est le périmètre même du leadership qui interroge. La doctrine du Hamas a longtemps reposé sur un équilibre entre l’aile politique, basée à Doha et à Beyrouth, et l’aile militaire incarnée par les Brigades Ezzedine al-Qassam à Gaza. La disparition simultanée de plusieurs cadres a brouillé cette répartition. Khaled Mechaal, ancien chef du bureau politique entre 2004 et 2017, figure parmi les noms évoqués pour assurer la transition, aux côtés de cadres plus discrets issus de la direction extérieure.
Le défi de préserver la résistance armée
Le titre retenu par le quotidien libanais Al Akhbar pour décrire l’enjeu, « le défi de préserver la résistance », résume la tension qui traverse l’appareil. Une partie des cadres considère que la priorité absolue reste la consolidation militaire à Gaza et le maintien d’une capacité de dissuasion face à Israël, malgré les destructions massives de l’enclave. Une autre tendance, plus sensible aux pressions diplomatiques exercées par le Qatar, la Turquie et l’Égypte, plaide pour une inflexion qui ouvrirait la voie à un cadre politique élargi, intégrant éventuellement une réforme de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).
Cette fracture doctrinale n’est pas nouvelle. Elle a déjà traversé le mouvement lors des débats sur le document politique de 2017, qui actait une distinction entre le Hamas et la confrérie des Frères musulmans tout en acceptant l’idée d’un État palestinien dans les frontières de 1967. Le prochain chef du bureau politique devra arbitrer entre ces deux lignes, sous le regard attentif de Téhéran, principal soutien financier et militaire de la résistance palestinienne, et des capitales arabes engagées dans la médiation.
Recomposition régionale et lignes rouges
La désignation aura des répercussions au-delà du seul théâtre palestinien. Les relations avec le Hezbollah libanais, affaibli par la campagne israélienne de l’automne 2024 et par la disparition de Hassan Nasrallah, dépendront en partie de la posture du futur dirigeant. De même, la coordination avec les factions yéménites Houthis, qui ont multiplié les tirs de missiles et de drones depuis la mer Rouge, s’inscrit dans une architecture régionale dite « axe de la résistance » dont le Hamas constitue l’un des maillons.
Pour les chancelleries occidentales, l’identité du successeur orientera la lecture des marges de négociation. Un dirigeant issu de la diaspora politique pourrait faciliter les pourparlers indirects via Doha et Le Caire. À l’inverse, une consécration d’un cadre proche de l’aile militaire signalerait un durcissement et compliquerait toute perspective d’accord sur les otages encore détenus à Gaza. Les services de renseignement israéliens ont d’ores et déjà signalé qu’aucun nouveau chef ne serait considéré comme intouchable, ce qui ajoute une variable létale à une élection déjà inédite.
Reste que le Hamas, en dépit des pertes accumulées, conserve une capacité d’organisation interne qui surprend ses adversaires. Le simple fait de tenir un scrutin dans de telles conditions constitue, pour ses partisans, une forme de démonstration politique. Selon Al Akhbar, la décision finale devrait intervenir dans les prochaines semaines.
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