Interpol cible le trafic de faux médicaments visant l’Afrique

A pharmacist assists a customer at a vintage wooden pharmacy counter indoors.Photo : cottonbro studio / Pexels

Le trafic de faux médicaments demeure un fléau sanitaire majeur en Afrique, et l’opération Pangea menée par Interpol vient d’en livrer une nouvelle photographie. Coordonnée dans quatre-vingt-dix pays, la campagne policière a permis la saisie de produits pharmaceutiques contrefaits évalués à 15,5 millions de dollars à l’échelle mondiale. Les services d’enquête ont également procédé à 269 arrestations et fait fermer près de 6 000 sites internet impliqués dans la commercialisation illicite de ces substances. L’Organisation internationale de police criminelle (Interpol) reconduit chaque année cette opération pour traquer les filières numériques qui alimentent un marché parallèle particulièrement lucratif.

Une Afrique ciblée par les contrefaçons de médicaments essentiels

Les conclusions transmises par Interpol dessinent une géographie singulière du trafic. Tandis que les marchés européens et nord-américains concentrent les contrefaçons à forte valeur ajoutée, comme les traitements contre les troubles de l’érection ou les anabolisants, le continent africain est avant tout inondé de copies de médicaments basiques. Antalgiques, antipaludéens, antibiotiques de première ligne, traitements contre les maladies chroniques figurent au cœur des saisies effectuées sur le continent. Cette spécialisation des flux illicites épouse la structure de la demande locale, où l’accès au médicament authentique reste freiné par le prix et par les ruptures d’approvisionnement.

La conséquence sanitaire est lourde. Une dose mal dosée d’antipaludéen, un antibiotique sous-titré en principe actif, un comprimé fabriqué dans des conditions douteuses peuvent aggraver l’état du patient, favoriser l’émergence de résistances microbiennes et alourdir la mortalité évitable. Les autorités sanitaires alertent depuis plusieurs années sur le rôle aggravant des contrefaçons dans la propagation des résistances aux antipaludéens dans le bassin du Congo et en Afrique de l’Ouest.

Internet, plaque tournante d’un marché parallèle

L’opération Pangea cible prioritairement les ventes en ligne, devenues le canal de distribution privilégié des trafiquants. La fermeture de près de 6 000 vitrines numériques témoigne de l’industrialisation du phénomène. Réseaux sociaux, marketplaces, sites miroirs et messageries cryptées servent désormais d’interface entre fabricants clandestins, souvent installés en Asie, et revendeurs de proximité opérant dans les capitales africaines. Les paiements transitent par des portefeuilles électroniques difficilement traçables, ce qui complique l’action des enquêteurs.

Les douanes africaines sont en première ligne pour intercepter les conteneurs frauduleux qui transitent par les grands ports de la côte atlantique. Lomé, Cotonou, Douala et Abidjan figurent régulièrement parmi les points d’entrée signalés par les services internationaux. Une fois débarquées, les marchandises rejoignent des marchés informels où l’achat à l’unité, à très bas prix, contourne le circuit pharmaceutique régulé. Le démantèlement de ces filières exige une coopération transfrontalière soutenue, à laquelle Interpol tente de donner un cadre opérationnel.

Une réponse régionale encore fragmentée

La riposte africaine progresse, mais demeure inégale. L’Initiative de Lomé, signée en 2020 par sept chefs d’État ouest-africains, vise à criminaliser plus durement le trafic de faux médicaments et à harmoniser les sanctions. Plusieurs pays ont depuis durci leur arsenal législatif, à l’image du Sénégal, du Togo et de la République du Congo. L’Agence africaine du médicament (AMA), portée par l’Union africaine, doit parallèlement structurer la régulation continentale du secteur pharmaceutique et renforcer les contrôles qualité à l’importation.

Reste que les moyens humains et techniques des autorités nationales de régulation peinent à suivre l’inventivité des filières. La numérisation des circuits, l’usage de plateformes hébergées hors juridiction et la sophistication des emballages contrefaits exigent des compétences spécialisées rarement disponibles. Les industriels du médicament plaident pour la généralisation de dispositifs d’authentification par sérialisation, déjà déployés en Europe, qui permettent de vérifier l’origine d’une boîte par simple lecture d’un code à la sortie de la chaîne logistique.

Au-delà du bilan chiffré, l’opération Pangea de cette année rappelle que la lutte contre les faux médicaments engage simultanément la santé publique, la souveraineté pharmaceutique et la sécurité numérique du continent. Selon RFI Afrique.

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Léa Mbongo
Reporter société, Léa Mbongo s'intéresse aux enjeux agricoles, environnementaux et de santé publique en Afrique francophone. Elle a couvert les crises climatiques du Sahel, les politiques de sécurité alimentaire et l'émergence des filières agroalimentaires locales. Ses reportages donnent la parole aux acteurs de terrain.

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