L’intégration monétaire africaine revient au premier plan. À Dakar, l’Association des Banques centrales africaines (ABCA) a tenu une rencontre de haut niveau consacrée à l’accélération du projet de monnaie unique continentale, un chantier porté de longue date par l’Union africaine et resté en chantier malgré les déclarations d’intention. Les gouverneurs présents ont insisté sur la nécessité de resserrer la coordination des politiques monétaires et budgétaires entre les États membres, condition préalable à toute convergence durable.
Une feuille de route monétaire continentale relancée depuis Dakar
Le choix du Sénégal pour cette session n’est pas anodin. Dakar abrite une place financière en plein essor et constitue l’un des piliers de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), zone du franc CFA en cours de transition vers l’éco. Les travaux ont porté sur l’état d’avancement des critères de convergence, sur la stabilité des prix et sur la maîtrise des déficits publics, autant de préalables techniques à toute mutualisation monétaire.
Les responsables réunis dans la capitale sénégalaise ont rappelé que l’architecture envisagée repose sur une approche progressive, fondée sur la consolidation des communautés économiques régionales avant tout passage à une monnaie commune. Cette logique de paliers, héritée du Plan d’action de Lagos et du Traité d’Abuja, a souvent été ralentie par les divergences macroéconomiques entre les économies africaines et par les chocs externes, à l’image de la pandémie ou de la flambée des taux d’intérêt internationaux.
Convergence macroéconomique et souveraineté financière
Au cœur des échanges figurent les indicateurs de convergence : inflation, ratio dette/PIB, déficit budgétaire, niveau des réserves de change. Plusieurs banques centrales ont mis en avant la difficulté à respecter ces seuils dans un contexte de resserrement monétaire mondial et de pressions sur les devises locales. La fragmentation actuelle, entre zone CFA, rand sud-africain, naira nigérian, livre égyptienne ou shilling kenyan, complique l’harmonisation et nourrit les coûts de transaction intra-africains.
L’enjeu dépasse la seule mécanique monétaire. Pour les décideurs réunis à Dakar, une intégration accrue représente un levier de souveraineté financière face à la dépendance aux devises de réserve, en premier lieu le dollar et l’euro. Elle conditionne aussi la pleine montée en puissance de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), dont les flux commerciaux restent pénalisés par l’absence d’instruments de paiement panafricains pleinement opérationnels. Le Système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), lancé sous l’égide d’Afreximbank, est régulièrement cité comme infrastructure de transition appelée à préparer une future architecture monétaire.
Un calendrier sous contrainte politique
Reste que le projet butte sur des obstacles politiques persistants. Les principales économies du continent, le Nigeria, l’Afrique du Sud, l’Égypte, l’Algérie ou le Maroc, n’évoluent pas dans les mêmes blocs régionaux et n’envisagent pas d’abandonner à court terme leur autonomie monétaire. La mise en place d’une banque centrale africaine, prévue de longue date à Abuja, demeure largement théorique. Plusieurs intervenants ont reconnu, à mots couverts, que la perspective d’une monnaie unique continentale relève davantage de l’horizon stratégique que d’un calendrier ferme.
Les travaux engagés à Dakar visent néanmoins à maintenir la dynamique technique : production statistique harmonisée, surveillance multilatérale, dialogue renforcé entre instituts d’émission et appui aux réformes structurelles. Les gouverneurs ont également souligné l’importance d’associer les ministères des Finances et les institutions communautaires, sous peine de voir la convergence monétaire se heurter à des trajectoires budgétaires divergentes. Pour les opérateurs économiques du continent, banques commerciales, exportateurs, investisseurs, la moindre avancée sur la convertibilité des devises africaines et sur les paiements transfrontaliers constituera un signal concret.
La rencontre de Dakar n’a pas accouché d’un échéancier resserré, mais elle confirme la volonté des banques centrales africaines de garder la main sur un dossier longtemps cantonné aux déclarations politiques. Selon PressAfrik, l’ABCA entend désormais accélérer la mise en œuvre opérationnelle des étapes techniques du projet d’intégration monétaire continental.
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