Nucléaire iranien : Israël s’alarme du retour de l’accord Obama

View of Jerusalem showcasing the ancient city walls and iconic architecture under a cloudy sky.Photo : Виктор Соломоник / Pexels

L’inquiétude monte à Tel-Aviv face à la nouvelle proposition américaine sur le dossier nucléaire iranien. Selon le quotidien libanais Al Akhbar, des responsables israéliens redoutent que la feuille de route élaborée par Washington ne ressemble, dans son esprit comme dans ses paramètres techniques, à l’accord conclu en 2015 sous l’administration de Barack Obama. Le retour de ce spectre diplomatique cristallise les tensions entre l’État hébreu et son principal allié, à l’heure où la région demeure traversée par les répliques du conflit de Gaza et par la confrontation larvée entre Téhéran et ses adversaires.

Une feuille de route américaine qui ravive un précédent contesté

Le document de travail diffusé par l’administration américaine s’apparenterait, selon les lectures circulant dans les cercles sécuritaires israéliens, à une réédition assouplie du Plan d’action global commun (JCPOA), signé à Vienne en juillet 2015. Ce cadre prévoyait un encadrement strict des activités d’enrichissement iraniennes en échange d’une levée progressive des sanctions économiques. Donald Trump l’avait dénoncé en mai 2018, ouvrant une décennie de tensions exacerbées et de surenchère nucléaire de la part de Téhéran.

La proposition actuelle, telle qu’elle filtre dans la presse arabe, reprendrait plusieurs des architectures techniques jugées inacceptables par le gouvernement de Benyamin Netanyahou. Elle laisserait à la République islamique une capacité résiduelle d’enrichissement civil, sous contrôle de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), tout en repoussant à un horizon lointain la question des missiles balistiques et du financement des supplétifs régionaux. C’est précisément ce découplage qui nourrit la colère d’une partie de l’establishment sécuritaire à Tel-Aviv.

Tel-Aviv redoute une marginalisation stratégique

Pour les responsables israéliens cités par Al Akhbar, le retour à une logique de compromis avec Téhéran enverrait un signal politique délétère. Il signifierait, à leurs yeux, que la pression militaire exercée depuis 2023 sur l’axe iranien, du Liban à la mer Rouge, n’aurait pas modifié la matrice diplomatique de Washington. Les frappes attribuées à Israël contre des sites stratégiques iraniens et les opérations menées contre le Hezbollah avaient pourtant été présentées comme des leviers destinés à durcir la position américaine.

L’argument central des détracteurs israéliens du texte tient en une phrase : un accord de type Obama validerait, à terme, le statut de puissance nucléaire de seuil pour la République islamique. Plusieurs analystes militaires interrogés par la presse régionale soulignent que la cinétique d’enrichissement iranienne a profondément évolué depuis 2018, avec des stocks d’uranium enrichi à 60 % désormais documentés par l’AIEA. Toute clause de gel partielle reviendrait, selon eux, à entériner une avancée technologique difficilement réversible.

La crainte exprimée à Tel-Aviv dépasse le seul périmètre nucléaire. Elle concerne la lecture politique d’ensemble : un accord négocié sans coordination étroite avec l’allié israélien serait perçu comme une rupture méthodologique avec la doctrine héritée des accords d’Abraham, qui avaient soudé un front régional anti-iranien associant les monarchies du Golfe.

Un calcul américain dicté par le théâtre régional

Côté américain, la rationalité de la démarche s’inscrit dans une volonté de désescalade contrôlée. Washington cherche à éviter qu’un nouveau front s’ouvre dans le Golfe au moment où ses ressources diplomatiques et militaires sont sollicitées simultanément en Ukraine, en Asie-Pacifique et au Levant. La perspective d’un conflit ouvert avec l’Iran, dont les conséquences sur les marchés énergétiques seraient considérables, paraît incompatible avec l’agenda intérieur américain.

Les capitales arabes observent ces tractations avec une prudence calculée. Riyad, qui a renoué des canaux diplomatiques avec Téhéran sous médiation chinoise en mars 2023, n’a pas intérêt à un embrasement régional. Les Émirats arabes unis, devenus plateforme commerciale privilégiée pour les flux iraniens contournant les sanctions, partagent cette préférence pour la stabilisation. Dans ce paysage, la voix israélienne, longtemps prépondérante sur le dossier iranien, peine à imposer son tempo.

Reste que la trajectoire de la négociation demeure incertaine. Les précédents diplomatiques, du JCPOA à l’accord de Lausanne, montrent qu’un texte initial peut être substantiellement remanié au cours des cycles de pourparlers. Les prochaines semaines diront si l’inquiétude israélienne aura suffi à infléchir la feuille de route ou si Washington persistera dans une approche jugée trop conciliante par son partenaire historique. Selon Al Akhbar, le débat s’annonce particulièrement vif au sein des appareils sécuritaires des deux capitales.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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