Irak : Ali al-Zaïdi nommé Premier ministre par le président Amedi

The iconic Jatiyo Sangsad Bhaban viewed from the red-brick plaza.Photo : Sazid Hasan / Pexels

La nomination d’Ali al-Zaïdi au poste de Premier ministre irakien rebat les cartes politiques à Bagdad. Le président Nizar Amedi a officialisé lundi le choix de cet homme d’affaires, mettant un terme à une séquence de marchandages parlementaires complexes. La décision intervient après le retrait, jugé déterminant, de la candidature de l’ancien chef du gouvernement Nouri al-Maliki, dont la perspective d’un retour aux responsabilités suscitait de vives réserves diplomatiques, en particulier de la part des États-Unis.

Le profil du nouveau Premier ministre tranche avec celui des figures partisanes qui se sont succédé à la tête de l’exécutif depuis 2003. Issu du monde des affaires plutôt que des appareils confessionnels, Ali al-Zaïdi est appelé à composer avec un Parlement morcelé, où les blocs chiites, sunnites et kurdes négocient pied à pied chaque portefeuille. Sa marge de manœuvre dépendra largement de sa capacité à offrir des garanties aux principales formations du Cadre de coordination, l’alliance qui domine la chambre.

Le retrait de Maliki, fruit d’une pression américaine

L’épisode confirme le poids résiduel de Washington dans les équilibres politiques irakiens. La Maison-Blanche, selon les éléments rapportés, voyait d’un très mauvais œil la perspective d’un troisième mandat de Nouri al-Maliki, figure clivante associée à la dégradation sécuritaire des années 2014-2015 et à l’effondrement de Mossoul face à l’organisation État islamique. Les capitales occidentales redoutaient également un alignement plus marqué de Bagdad sur Téhéran, dans un contexte régional déjà saturé de lignes de fracture.

Le retrait de l’ancien Premier ministre, présenté comme volontaire, s’apparente dans les faits à un compromis arraché par la diplomatie américaine auprès des partenaires irakiens. Plusieurs cadres du Cadre de coordination ont manifestement préféré sacrifier la candidature Maliki plutôt que de risquer une crispation durable avec Washington, dont le soutien financier, militaire et énergétique demeure structurant pour l’État irakien. La désignation d’al-Zaïdi apparaît ainsi comme une solution de contournement, suffisamment consensuelle pour ne braquer aucun acteur majeur.

Une feuille de route économique sous tension

Le nouveau chef du gouvernement hérite d’un dossier économique exigeant. L’Irak, deuxième producteur de l’OPEP, reste tributaire à plus de 90 % des recettes pétrolières, exposition qui rend ses finances publiques vulnérables aux variations du marché. La diversification, mille fois promise, peine à se concrétiser, tandis que le chômage des jeunes alimente un mécontentement social latent depuis le mouvement de protestation de 2019.

La trajectoire d’Ali al-Zaïdi dans le secteur privé pourrait jouer en sa faveur sur le terrain des réformes structurelles. Le nouveau Premier ministre est attendu sur la modernisation du secteur bancaire, la lutte contre la corruption endémique et la relance des chantiers d’infrastructures, notamment dans l’électricité. Les coupures récurrentes restent un point de friction politique majeur, en particulier durant les mois d’été où la demande explose.

Un équilibre régional à préserver

Sur le plan extérieur, le nouveau cabinet devra naviguer entre les exigences de Washington et la profondeur des liens avec Téhéran. Bagdad sert de canal de discussion discret entre les deux capitales et abrite encore une présence militaire américaine résiduelle, point de tension permanent avec les factions armées proches de l’Iran. La capacité du gouvernement al-Zaïdi à maintenir cette ligne de crête conditionnera la stabilité du pays.

Les voisins du Golfe scrutent également la composition du futur cabinet. Riyad et Abou Dhabi ont multiplié, ces dernières années, les signaux d’ouverture économique vers l’Irak, notamment dans l’énergie et les interconnexions électriques. Une équipe gouvernementale jugée crédible par les marchés et les partenaires arabes pourrait accélérer ces rapprochements. À l’inverse, un blocage parlementaire prolongé sur la formation du gouvernement reporterait à nouveau les arbitrages budgétaires attendus pour 2026. Selon France 24 Moyen-Orient, la nomination doit encore être validée par le Parlement dans le délai constitutionnel de trente jours.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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