Gaza : l’oliveraie palestinienne décimée par deux ans de guerre

View of the historic Jerusalem walls and Al-Aqsa Mosque with a clear blue sky backdrop.Photo : Musa Alzanoun | موسى الزعنون / Pexels

L’olivier de Gaza, longtemps considéré comme l’un des piliers de l’agriculture palestinienne, paie un lourd tribut au conflit déclenché après les attaques du 7 octobre 2023. Source de revenus pour des milliers de familles, ingrédient majeur des traditions culinaires locales et symbole d’ancrage territorial, l’arbre incarne à lui seul une part de l’identité palestinienne. Les opérations militaires conduites par Israël dans l’enclave, contre lesquelles des accusations de génocide ont été formulées sur la scène internationale, ont profondément altéré la carte des vergers gazaouis.

Un recul massif des surfaces oléicoles à Gaza

Avant la guerre, l’oliveraie représentait l’une des principales cultures pérennes de la bande de Gaza, territoire où l’agriculture reste l’un des rares amortisseurs économiques face au chômage et au blocus. Les bombardements, les opérations terrestres et la transformation de zones agricoles en périmètres militaires ont entraîné un recul considérable des surfaces plantées depuis octobre 2023. Des pans entiers de vergers ont été rasés, brûlés ou rendus inaccessibles aux exploitants, privant les familles concernées de leur outil de production.

La perte ne se mesure pas seulement en hectares. Un olivier productif est le fruit de décennies de soins, parfois de plusieurs générations de cultivateurs. Sa destruction efface un capital agricole qui ne se reconstitue qu’au prix d’un long cycle de replantation, sur des sols souvent contaminés par les résidus d’explosifs. Dans une enclave où la sécurité alimentaire s’est effondrée, la disparition de cette culture amplifie la dépendance aux livraisons humanitaires extérieures.

Un symbole culturel et politique dans la guerre

L’olivier dépasse depuis longtemps son statut de simple culture de rente. Dans l’imaginaire palestinien, il représente la permanence du lien à la terre, la transmission familiale et la résistance face aux dépossessions successives. L’huile produite à Gaza, comme celle de Cisjordanie, alimente les cuisines, mais aussi un récit collectif où chaque arbre centenaire devient le témoin d’une présence qui s’inscrit dans la durée. Voir tomber ces arbres revient, pour de nombreuses familles, à voir s’effacer un fragment de mémoire.

Cette dimension symbolique explique l’écho international suscité par le sort des oliveraies gazaouies. Les organisations agricoles palestiniennes alertent depuis plusieurs mois sur l’ampleur des destructions, en parallèle d’un débat juridique global. Israël, qui invoque les impératifs sécuritaires liés aux attaques du Hamas, fait l’objet de procédures devant la Cour internationale de justice, où la qualification de génocide a été soulevée par plusieurs États. Le destin des vergers s’inscrit ainsi dans une bataille qui se joue autant sur le terrain que dans les enceintes diplomatiques.

Quel avenir pour l’agriculture gazaouie

La reconstruction agricole de Gaza s’annonce comme l’un des chantiers les plus difficiles de l’après-guerre. Les bailleurs internationaux, déjà sollicités sur les volets sanitaire, énergétique et urbain, devront intégrer la question oléicole dans une stratégie de relance plus large. Replanter ne suffira pas : il faudra dépolluer les sols, restaurer les réseaux d’irrigation détruits, sécuriser l’accès des paysans à leurs parcelles et reconstituer les filières de transformation. Sans ce travail de fond, la production d’huile d’olive gazaouie risque de rester durablement marginale.

Pour les acteurs régionaux, la question dépasse le seul cadre humanitaire. La Jordanie, l’Égypte et plusieurs pays du Golfe ont placé l’aide à la reconstruction palestinienne au cœur de leurs agendas diplomatiques, conscients que l’effondrement du tissu rural gazaoui alimenterait l’instabilité. Les organisations agricoles palestiniennes, de leur côté, plaident pour la préservation des arbres encore debout et la documentation des destructions, dans la perspective d’éventuelles réparations. Concrètement, la trajectoire de l’oliveraie de Gaza dira beaucoup de la capacité collective à rebâtir une économie ruinée par deux années de guerre. Selon RFI Moyen-Orient.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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