Gaza : les alliés de Mahmoud Abbas dominent les municipales

A woman in traditional attire washes clothes among the rubble in Gaza, depicting resilience.Photo : Hosny salah / Pexels

À Gaza, les élections municipales tenues dimanche ont consacré la victoire des proches du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, qui s’imposent dans la majorité des conseils municipaux pour la première fois depuis près de vingt ans. Le scrutin, organisé dans une enclave dévastée par des mois de conflit, marque le retour formel d’une compétition politique dans un territoire que le Hamas contrôlait sans partage depuis 2007. La participation est restée faible, signe d’une lassitude profonde des habitants et d’un climat sécuritaire encore tendu.

Un scrutin local inédit depuis près de vingt ans

Aucune élection municipale n’avait été organisée à Gaza depuis 2006, année du dernier vote palestinien d’envergure. La rupture violente entre le Fatah et le Hamas, consommée l’année suivante, avait gelé toute consultation locale dans l’enclave. Le scrutin de dimanche a donc valeur de rétablissement institutionnel autant que de test politique. Il intervient dans un contexte où la reconstruction de la bande de Gaza, l’acheminement de l’aide humanitaire et la gouvernance d’après-guerre figurent au cœur des discussions diplomatiques régionales.

Les listes affiliées au Fatah, formation historique de Mahmoud Abbas, ont raflé l’essentiel des sièges en jeu. Cette domination renforce la position de l’Autorité palestinienne, longtemps cantonnée à la Cisjordanie, dans la perspective d’une reprise en main administrative de l’enclave. Plusieurs capitales arabes et occidentales conditionnent leur soutien à la reconstruction à un retour de l’Autorité à Gaza, sous une forme rénovée. Le résultat de dimanche fournit à Ramallah un argument politique appréciable.

Une participation en demi-teinte

Malgré la portée symbolique du vote, l’affluence dans les bureaux est demeurée modeste. Les organisateurs invoquent les destructions massives subies par les infrastructures, le déplacement d’une part importante de la population et l’absence d’une partie des cadres politiques traditionnels. Cette faible mobilisation pose la question de la légitimité concrète des conseils élus, dans une société épuisée par la guerre et fragmentée par des années de division interpalestinienne. Des observateurs locaux relèvent aussi une certaine méfiance vis-à-vis d’un processus dont les retombées pratiques restent floues.

Le Hamas, qui n’a pas présenté de listes officielles sous sa bannière, sort affaibli de cette séquence électorale. Le mouvement islamiste conserve toutefois une influence souterraine, notamment à travers des figures locales et des réseaux sociaux. Plusieurs candidats indépendants élus pourraient, selon les configurations municipales, négocier des alliances avec l’une ou l’autre des grandes formations. Le rapport de force réel se mesurera dans les semaines à venir, lors de la composition des exécutifs municipaux.

Un test pour la gouvernance d’après-guerre

Pour Mahmoud Abbas, dont la légitimité est régulièrement contestée jusque dans son propre camp, ce scrutin offre une bouffée d’air politique. À 89 ans, le chef de l’Autorité palestinienne joue sa capacité à incarner une transition crédible aux yeux des bailleurs internationaux. Les États-Unis, l’Union européenne et plusieurs monarchies du Golfe ont multiplié les signaux en faveur d’une autorité palestinienne unifiée et réformée, condition implicite du déblocage des financements de reconstruction estimés à plusieurs dizaines de milliards de dollars.

Reste que la victoire électorale ne suffit pas à garantir un contrôle effectif du terrain. Les conseils municipaux devront composer avec la présence persistante de groupes armés, les contraintes imposées par Israël sur les flux de personnes et de biens, et l’absence d’un véritable cadre étatique. La gestion de l’eau, des déchets, des écoles ou des permis de construire dans des villes en grande partie détruites représente un défi opérationnel considérable. Les nouveaux élus hériteront de communes exsangues, sans recettes fiscales propres et largement dépendantes des transferts de Ramallah et de l’aide internationale.

Sur le plan régional, le résultat est scruté à Amman, au Caire, à Riyad et à Doha, capitales engagées dans les médiations sur l’avenir de Gaza. Un succès durable du Fatah à l’échelle municipale pourrait servir de socle à un futur dispositif de gouvernance acceptable pour les acteurs arabes et occidentaux, sans pour autant régler la question de la place politique du Hamas. Le scrutin de dimanche constitue donc une première étape, davantage qu’une issue. Selon France 24 Moyen-Orient.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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