L’opposition israélienne a opéré dimanche 27 avril un virage stratégique majeur en vue des élections législatives prévues à l’automne. Naftali Bennett et Yaïr Lapid, deux anciens Premiers ministres aux profils politiques pourtant distincts, ont annoncé en soirée la fusion de leurs appareils au sein d’une liste unique intitulée « Ensemble ». L’objectif assumé est limpide : faire converger les voix centristes et libérales pour empêcher Benyamin Netanyahu de prolonger son règne à la tête du gouvernement israélien. Ce rapprochement, longtemps évoqué dans les coulisses de la Knesset, change la physionomie du paysage électoral.
Une alliance qui rebat les cartes du paysage politique israélien
Naftali Bennett, ancien chef du parti Yamina et brièvement Premier ministre entre 2021 et 2022, prendra la tête de la nouvelle formation. À ses côtés, Yaïr Lapid, fondateur de Yesh Atid et lui aussi passé par la primature lors de la rotation prévue par l’accord de coalition de 2021, accepte un rôle de second. Cette hiérarchie traduit un calcul électoral assumé : Bennett, issu de la droite religieuse modérée, est jugé mieux placé pour récupérer des électeurs déçus du Likoud, tandis que Lapid sécurise l’électorat laïc et libéral des grandes métropoles. La complémentarité des deux hommes, déjà éprouvée lors de leur précédente expérience gouvernementale, constitue l’argument central du dispositif.
Pour rassurer sa base, Bennett a posé d’emblée une ligne rouge en s’engageant à ne nouer d’accords qu’avec des partis sionistes, excluant de fait toute alliance avec les formations arabes israéliennes. Cette précaution vise à neutraliser l’attaque récurrente du Likoud, qui dénonce depuis 2021 toute coalition jugée dépendante des voix non sionistes. Le message s’adresse en priorité aux électeurs du centre droit susceptibles de basculer.
Un calcul électoral face à un Netanyahu fragilisé
Benyamin Netanyahu, au pouvoir depuis fin 2022 à la tête d’une coalition incluant l’extrême droite religieuse et nationaliste, traverse une zone de turbulences politiques et judiciaires. La gestion de la guerre à Gaza, les tensions avec l’appareil sécuritaire, les manifestations récurrentes des familles d’otages et la poursuite de son procès pour corruption ont entamé son capital. Les sondages publiés ces derniers mois dans la presse israélienne placent régulièrement le Likoud en recul, sans qu’aucune force d’opposition ne parvienne pour autant, prise isolément, à rivaliser avec sa puissance d’entraînement.
C’est précisément ce verrou que la liste « Ensemble » prétend faire sauter. En additionnant les sièges potentiels de Yesh Atid et de la nouvelle structure portée par Bennett, les stratèges des deux camps espèrent constituer le premier bloc parlementaire devant le Likoud. L’arithmétique reste néanmoins incertaine : le scrutin proportionnel intégral israélien, fondé sur une circonscription nationale unique, favorise traditionnellement la fragmentation. La capacité de l’alliance à drainer également les voix de Benny Gantz et d’Avigdor Lieberman conditionnera sa réussite.
Quelles implications régionales pour le Moyen-Orient
Au-delà du jeu interne, le scrutin israélien sera scruté avec attention dans les capitales arabes, à Washington et à Téhéran. Une victoire du bloc Bennett-Lapid signifierait probablement une inflexion du discours diplomatique, sans pour autant garantir une rupture avec les orientations sécuritaires actuelles. Bennett, bien que situé au centre droit, reste opposé à la création d’un État palestinien, tandis que Lapid avait esquissé en 2022 une ouverture limitée sur le dossier. La question de la normalisation avec l’Arabie saoudite, suspendue depuis le 7 octobre 2023, figurera parmi les enjeux structurants du débat de campagne.
Les partenaires arabes des accords d’Abraham, notamment les Émirats arabes unis et le Maroc, observent eux aussi cette recomposition. Un changement de majorité à la Knesset pourrait modifier le tempo des coopérations économiques et sécuritaires nouées depuis 2020. Reste que les six mois qui séparent l’annonce du scrutin laissent à Netanyahu le temps de réorganiser son camp et de relancer ses propres alliances. La bataille électorale ne fait que commencer.
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