Iran : les Moudjahidines du peuple face à la répression du régime

Stunning panoramic view of Tehran's skyline at dusk, showcasing the city's dense urban environment and architectural diversity.Photo : Mehdi Salehi / Pexels

L’Iran traverse une séquence répressive d’une intensité rare. Depuis le déclenchement de la guerre, les autorités ont multiplié les arrestations et les exécutions sommaires visant des citoyens accusés d’intelligence avec l’ennemi ou d’appartenance à des organisations d’opposition. Au cœur de cette vague figure un nom récurrent : l’Organisation des Moudjahidines du peuple iranien (OMPI), connue sous l’acronyme persan Modjahedin-e Khalq. Plusieurs prisonniers présentés comme proches de ce mouvement ont été pendus, illustrant la volonté du pouvoir d’écraser toute structure susceptible de capitaliser sur la fragilité née du conflit.

Une opposition historique à la trajectoire heurtée

Fondés à la fin des années 1960, les Moudjahidines du peuple ont d’abord combattu le régime du Chah avant de prendre part, brièvement, à la révolution de 1979. La rupture avec Rouhollah Khomeini fut rapide et violente. Dès 1981, le mouvement bascule dans la clandestinité puis dans la lutte armée, avant de trouver refuge en Irak sous Saddam Hussein, qui leur fournit bases et armement durant la guerre Iran-Irak. Cet épisode reste, aujourd’hui encore, le principal handicap de l’organisation dans l’opinion iranienne, où nombre de familles gardent la mémoire des combats de la décennie 1980.

Après la chute du dictateur irakien, les militants ont été regroupés au camp Achraf, puis transférés vers l’Albanie, où la direction du mouvement est désormais installée. Longtemps inscrite sur les listes d’organisations terroristes aux États-Unis et dans l’Union européenne, l’OMPI en a été retirée respectivement en 2012 et 2009, ce qui lui a permis de redéployer une stratégie de lobbying assidue dans plusieurs capitales occidentales.

Une influence intérieure difficile à mesurer

Évaluer le poids réel des Moudjahidines en Iran relève de l’exercice périlleux. La direction, emmenée par Maryam Radjavi, revendique un réseau de cellules clandestines, dites « unités de résistance », actives dans la diffusion de tracts, d’inscriptions murales et de vidéos hostiles aux Gardiens de la Révolution. Le pouvoir, de son côté, attribue régulièrement à l’organisation des actes de sabotage visant des sites industriels ou des bâtiments officiels, une manière commode de désigner un coupable sans nommer d’autres dissidences.

Sur le terrain sociologique, le mouvement souffre toutefois d’un déficit de popularité que peu d’observateurs contestent. Sa structure verticale, le culte voué à ses dirigeants et son passé d’allié de Bagdad nourrissent une défiance persistante, y compris dans une partie de la diaspora. Les grandes mobilisations populaires des dernières années, qu’il s’agisse du soulèvement de 2017, des manifestations de 2019 contre la hausse du prix de l’essence ou du mouvement « Femme, vie, liberté » déclenché en 2022 après la mort de Mahsa Amini, n’ont pas été pilotées par l’OMPI, même si celle-ci s’en est revendiquée à distance.

La carte de la répression dans un Iran en guerre

Le contexte de guerre rebat néanmoins les cartes. Affaibli sur le plan militaire, soumis à une pression économique inédite et confronté à une perte d’autorité symbolique, le régime cherche à prévenir toute jonction entre dissidence intérieure et adversaires extérieurs. Les exécutions récentes, présentées comme des sanctions contre des espions ou des saboteurs liés aux Moudjahidines, remplissent une double fonction : décapiter d’éventuels relais opérationnels et adresser un avertissement aux Iraniens tentés par la contestation ouverte.

Cette stratégie de la terreur judiciaire n’est pas sans risque pour Téhéran. Les organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International et la Mission de l’ONU pour l’Iran, dénoncent des procès expéditifs et l’absence de garanties élémentaires. Sur le plan diplomatique, ces dossiers nourrissent les sanctions européennes ciblant magistrats et responsables sécuritaires iraniens, un levier que Bruxelles et Washington activent à intervalles réguliers.

Reste une équation politique non résolue. Si les Moudjahidines disposent d’une visibilité internationale et d’un appareil de propagande performant, rien n’indique qu’ils soient en mesure de canaliser à leur profit une éventuelle bascule du régime. D’autres acteurs, depuis les héritiers du Chah jusqu’aux figures du mouvement vert ou aux militantes de la cause kurde, occupent un espace concurrent. La question du « jour d’après » à Téhéran demeure ouverte, et les exécutions récentes ne tranchent pas le débat sur l’identité de ceux qui seraient capables d’incarner l’alternative. Selon RFI Moyen-Orient.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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