Le climat se tend entre la présidence libanaise et la rédaction d’Al Akhbar. Selon le quotidien beyrouthin, le président Joseph Aoun aurait engagé des démarches visant à obtenir l’arrestation du journaliste Hassan Olleik, plume connue pour ses investigations sur les coulisses du pouvoir et les dossiers sécuritaires sensibles. L’information, révélée par le journal lui-même, illustre la dégradation rapide des rapports entre Baabda et une partie de la presse libanaise depuis l’accession de l’ancien chef de l’armée à la magistrature suprême en début d’année.
Un journaliste d’investigation au cœur d’une offensive judiciaire
Hassan Olleik n’est pas un inconnu de la scène médiatique libanaise. Rédacteur d’Al Akhbar, quotidien classé à gauche et historiquement proche de l’axe de la résistance, il a signé ces dernières années plusieurs enquêtes scrutant les arcanes des services de sécurité, la magistrature et les arrangements politico-financiers qui structurent la gouvernance du pays. Sa ligne, constamment offensive à l’égard des élites au pouvoir, lui a valu de multiples poursuites judiciaires antérieures, dans un Liban où la diffamation reste pénalement sanctionnée.
D’après le journal, la démarche présidentielle ne relèverait pas d’une procédure ordinaire mais d’une volonté politique assumée d’obtenir une mesure privative de liberté. Le quotidien évoque une instrumentalisation des leviers institutionnels du palais de Baabda contre un journaliste dont les publications auraient déplu à l’entourage du chef de l’État. Aucune réaction officielle n’a été rendue publique par la présidence au moment de la parution.
Baabda face à la presse critique
L’épisode intervient dans une séquence politique délicate pour Joseph Aoun. Élu en janvier 2025 après plus de deux années de vacance présidentielle, l’ancien commandant en chef des Forces armées libanaises s’est présenté comme l’homme du redressement institutionnel et du retour à l’autorité de l’État. Sa marge de manœuvre demeure étroite : reconstruction du Sud après la guerre avec Israël, négociations sur le désarmement du Hezbollah, pression américaine et saoudienne sur la trajectoire libanaise, dossier des nominations sécuritaires.
Dans ce contexte, toute couverture critique des décisions présidentielles touche à des nerfs sensibles. Al Akhbar, dont l’éditorialiste Ibrahim al-Amine est régulièrement la cible de procédures, occupe une position singulière dans le paysage médiatique : porte-voix d’une lecture souverainiste hostile à l’alignement occidental, le titre conserve une réelle capacité de nuisance informationnelle. La tentation, pour le pouvoir, d’utiliser la justice pour discipliner la rédaction n’est pas neuve, mais l’implication directe du chef de l’État marquerait une escalade.
Un signal préoccupant pour les libertés publiques
Les organisations de défense de la presse au Liban, déjà mobilisées sur plusieurs procès en cours visant des journalistes et blogueurs, observeront avec attention la suite de l’affaire. Le pays, longtemps présenté comme l’un des espaces médiatiques les plus libres du monde arabe, a vu son classement reculer de manière continue dans les indices internationaux ces dernières années, sous l’effet conjugué de la crise économique, de la fragilisation des rédactions et du recours croissant aux poursuites stratégiques contre la participation publique.
L’affaire Olleik teste également la cohérence du discours présidentiel. Lors de son investiture, Joseph Aoun avait fait du retour à l’État de droit et du respect des contre-pouvoirs un axe central de son projet. Une procédure visant à incarcérer un journaliste pour ses écrits contredirait frontalement cette promesse, à un moment où Beyrouth sollicite l’appui des bailleurs internationaux et du Fonds monétaire international pour relancer une économie exsangue.
Reste l’inconnue procédurale. Au Liban, l’arrestation d’un journaliste suppose l’intervention du parquet et, le cas échéant, du juge d’instruction compétent. La capacité du pouvoir exécutif à imposer une telle mesure se heurte aux résistances habituelles d’une magistrature traversée par des allégeances politiques contradictoires. Le bras de fer pourrait donc se prolonger sur le terrain judiciaire avant tout dénouement. Selon Al Akhbar, le dossier serait déjà entre les mains des autorités compétentes.
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