SYSTAC : les virements interbancaires tiennent bon en zone CEMAC

Street view in Brasilia featuring the Central Bank of Brazil under a vibrant sky.Photo : Matheus Natan / Pexels

Le Système de transfert automatisé en Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (SYSTAC) maintient un niveau d’activité soutenu malgré des perturbations techniques signalées au cours des derniers mois. Opérée par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), cette infrastructure assure la compensation et le règlement des virements interbancaires entre les six pays membres de la CEMAC : Cameroun, Gabon, Congo, Tchad, République centrafricaine et Guinée équatoriale. La continuité du service apparaît comme un indicateur de la solidité du dispositif de paiement régional.

Une plateforme nerveuse pour la CEMAC

SYSTAC constitue, avec le Système de gros montants automatisé (SYGMA), l’un des deux piliers du paysage des paiements en Afrique centrale. Conçu pour les opérations de détail et les virements de masse, il achemine quotidiennement des flux qui irriguent l’économie réelle : règlements de salaires, paiements fournisseurs, transferts entre entreprises, ordres émanant de l’administration. Sa disponibilité conditionne la fluidité des échanges entre établissements de crédit installés dans la zone.

La BEAC, qui en assure la supervision, a confirmé que les ordres de virement continuent d’être exécutés malgré quelques épisodes de ralentissement. Les incidents évoqués n’ont pas entraîné de rupture prolongée. Pour les banques commerciales raccordées à la plateforme, la priorité demeure l’absence d’interruption majeure susceptible de geler des flux interbancaires sur plusieurs jours.

Incidents techniques et exigences de continuité

Les difficultés techniques observées renvoient à un enjeu structurel commun à la plupart des banques centrales africaines : la modernisation des infrastructures de paiement et leur capacité à absorber des volumes croissants. La digitalisation des services bancaires, l’essor du paiement mobile et la montée en puissance des fintechs accentuent la pression sur les systèmes de règlement central. Tout incident, même bref, peut générer des effets en cascade sur la trésorerie des banques participantes.

La résilience de SYSTAC repose sur la capacité des équipes techniques de la BEAC à isoler rapidement les anomalies et à maintenir des procédures de secours. Les acteurs bancaires de la sous-région insistent sur la nécessité d’investissements continus dans la cybersécurité, la redondance des serveurs et les plans de continuité d’activité. Reste que le coût de modernisation pèse sur une institution qui doit concilier souveraineté monétaire et contrainte budgétaire.

Un enjeu de souveraineté financière régionale

Au-delà de l’aspect strictement opérationnel, la solidité de SYSTAC touche à la souveraineté financière de la zone CEMAC. La sous-région partage une monnaie commune, le franc CFA d’Afrique centrale, et une banque centrale unique. La fluidité des paiements interbancaires conditionne donc l’intégration économique régionale, encore inégale en pratique malgré un cadre institutionnel ancien. Les volumes traités par la plateforme reflètent l’intensité réelle des échanges intracommunautaires.

La BEAC travaille parallèlement à l’interopérabilité avec les écosystèmes de paiement mobile et à la modernisation du cadre prudentiel applicable aux prestataires de services de paiement. L’objectif affiché consiste à élargir l’accès aux services financiers tout en consolidant la stabilité du dispositif central. Les régulateurs nationaux, à commencer par la Commission bancaire de l’Afrique centrale (COBAC), surveillent de près la qualité des raccordements assurés par les banques commerciales.

Concrètement, la fiabilité de SYSTAC sera jugée à l’aune de sa capacité à absorber des volumes en hausse sans dégradation du service. La trajectoire technologique engagée implique des arbitrages d’investissement, mais aussi une coordination renforcée entre les places bancaires de Douala, Libreville, Brazzaville, N’Djamena, Bangui et Malabo. La crédibilité du paiement régional s’y joue, à mesure que les usagers exigent la même réactivité que celle offerte par les services numériques transfrontaliers. Selon Journal du Cameroun.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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