Bus CRRC au Sénégal : Yankhoba Diémé rejette les soupçons de favoritisme

A group of people walking down a sunny street in Pikine, Dakar, Senegal, showcasing urban life.Photo : Amaury Michaux / Pexels

Le contrat de livraison de 380 bus attribué au groupe chinois CRRC continue d’alimenter la controverse à Dakar. Devant la presse, le ministre des Transports terrestres et aériens, Yankhoba Diémé, a démenti toute forme de favoritisme dans le choix du constructeur ferroviaire et automobile chinois, l’un des plus puissants au monde dans la mobilité urbaine. Les soupçons portent sur les modalités d’attribution d’un marché stratégique pour la modernisation du parc de transport collectif sénégalais.

Un marché stratégique pour la mobilité urbaine sénégalaise

La commande de 380 bus s’inscrit dans la politique de renouvellement de la flotte exploitée dans l’agglomération dakaroise, où la pression démographique et la saturation du trafic imposent une montée en gamme rapide du transport public. Le choix de la China Railway Rolling Stock Corporation (CRRC), géant industriel coté à Hong Kong et présent sur tous les continents, traduit la place croissante des constructeurs chinois sur le marché africain de la mobilité.

Pour le ministère, l’enjeu dépasse la simple acquisition de matériel roulant. Il s’agit d’absorber une demande croissante de mobilité, de rationaliser les coûts d’exploitation et de répondre aux exigences environnementales qui s’imposent désormais aux capitales ouest-africaines. La signature avec CRRC vient compléter le dispositif déjà engagé autour du Bus Rapid Transit (BRT) et du Train express régional (TER), deux infrastructures lourdes financées en partie par des partenaires extérieurs.

Le ministre Yankhoba Diémé défend la procédure

Face aux interrogations sur d’éventuels passe-droits, Yankhoba Diémé a opposé un démenti catégorique. Selon ses explications, l’attribution du marché à CRRC obéit aux règles de passation en vigueur et résulte d’un arbitrage technique fondé sur la qualité de l’offre, le coût unitaire des véhicules et les délais de livraison proposés. Le ministre a insisté sur l’absence de toute préférence accordée au groupe chinois, alors que des voix dans l’opinion et au sein du secteur dénoncent une opacité présumée.

Les critiques émanant d’acteurs de la filière portent notamment sur la place laissée aux opérateurs locaux et sur le degré de mise en concurrence avec d’autres fournisseurs internationaux. La tutelle sénégalaise des transports rétorque que le calibrage de la commande, sa technicité et l’urgence du besoin justifiaient le recours à un industriel disposant d’une capacité de production éprouvée. CRRC, fort d’une présence ancienne sur les marchés africains, coche ces cases.

Le ministre a par ailleurs rappelé que l’opération s’accompagne de garanties contractuelles concernant la maintenance, la formation des techniciens et la disponibilité des pièces détachées, points souvent négligés dans les achats de flotte précédents. Cette ingénierie de service est déterminante : nombre de capitales africaines ont vu des parcs de bus neufs immobilisés en quelques années faute d’écosystème de maintenance robuste.

La signature chinoise s’impose dans le transport africain

Au-delà du cas sénégalais, le marché s’inscrit dans une dynamique régionale plus vaste. Les constructeurs chinois, à commencer par CRRC, Yutong ou Foton, captent une part croissante des appels d’offres lancés par les autorités africaines pour leurs flottes urbaines, parfois adossés à des financements concessionnels en provenance de Pékin. Cette percée s’explique par des prix compétitifs, des délais courts et une capacité à proposer des solutions intégrées, du diesel à l’électrique.

Pour les pouvoirs publics sénégalais, le défi consiste désormais à transformer cette commande en levier de souveraineté opérationnelle. La traçabilité du contrat, le respect du calendrier de livraison et la montée en compétence des équipes locales détermineront le retour sur investissement de l’opération. La controverse politique autour de l’attribution risque, elle, de continuer à mobiliser l’opposition et la société civile, qui réclament la publication des pièces du dossier.

Reste que l’exécutif entend tenir bon. Yankhoba Diémé a réaffirmé que le gouvernement assumait pleinement ce choix industriel et qu’aucune entorse aux règles n’avait entaché la sélection de CRRC. La séquence illustre la tension récurrente, en Afrique francophone, entre célérité de l’action publique et exigence de transparence dans les marchés stratégiques. Selon PressAfrik.

Pour aller plus loin

Le port de Douala franchit 50 000 tonnes de fret vers le Niger · La Côte d’Ivoire amplifie son offre de logements sociaux et économiques · Yaoundé Cœur de ville : l’AFD débloque 12 milliards de FCFA

Actualité africaine

About the Author

Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

Be the first to comment on "Bus CRRC au Sénégal : Yankhoba Diémé rejette les soupçons de favoritisme"

Laisser un commentaire