Ndayishimiye à Ouagadougou : l’Union africaine face à Traoré

A stunning view of the Presidential Palace in Hanoi surrounded by lush garden greenery.Photo : 라스 해 / Pexels

La visite d’Évariste Ndayishimiye à Ouagadougou, début de semaine, a confirmé la difficulté qu’éprouve l’Union africaine (UA) à peser sur les régimes issus des coups d’État sahéliens. Le président burundais, qui occupe la présidence en exercice de l’organisation panafricaine, espérait amorcer un dialogue avec Ibrahim Traoré, figure devenue centrale de l’Alliance des États du Sahel (AES). Selon le chroniqueur Newton Ahmed Barry, l’échange aurait tourné à l’avantage du capitaine burkinabè, laissant son interlocuteur en position d’écoute plus que d’influence.

Une présidence de l’UA en quête d’autorité au Sahel

Depuis la création de l’AES par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, l’Union africaine peine à formuler une stratégie cohérente à l’égard de ces trois capitales. La suspension prolongée de leurs régimes des instances continentales n’a produit aucun retour à l’ordre constitutionnel. Elle a, à l’inverse, nourri un discours de rupture assumé, dont Ibrahim Traoré s’est imposé comme le porte-voix le plus médiatique.

Dans ce contexte, le déplacement d’Évariste Ndayishimiye relève d’une tentative de réouverture du canal diplomatique. Le chef de l’État burundais, lui-même issu d’un parcours politique singulier dans la région des Grands Lacs, mise sur un dialogue direct plutôt que sur la pression institutionnelle. Reste que sa marge de manœuvre demeure étroite, l’UA étant traversée par des sensibilités contradictoires entre États ouest-africains, partenaires occidentaux et nouveaux alliés russes des juntes sahéliennes.

Ibrahim Traoré, un interlocuteur sur ses gardes

Le capitaine Traoré, au pouvoir à Ouagadougou depuis septembre 2022, n’a jamais caché sa défiance à l’égard des organisations régionales. Sa rupture avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), consommée en janvier 2024, a été suivie d’une distanciation prudente avec l’UA. Face à Ndayishimiye, il a maintenu sa ligne : refus des injonctions extérieures, priorité à la lutte antiterroriste, recomposition des partenariats sécuritaires.

Newton Ahmed Barry souligne le déséquilibre symbolique de la rencontre. D’un côté, un président élu confronté à des contestations internes au Burundi ; de l’autre, un militaire de trente-sept ans qui cultive une popularité débordant largement les frontières burkinabè. La séquence des images officielles, abondamment relayées sur les réseaux panafricanistes, a renforcé la stature continentale du capitaine plutôt que celle de son visiteur.

L’ombre des expulsions américaines vers l’Afrique

La visite intervient par ailleurs dans un climat tendu sur un autre dossier diplomatique : la politique d’expulsion de migrants vers le continent africain conduite par l’administration de Donald Trump. Plusieurs pays se sont vu proposer d’accueillir des ressortissants tiers refoulés du territoire américain, en échange de contreparties économiques ou sécuritaires. Le sujet, encore peu débattu publiquement au sein de l’UA, devient un test pour la souveraineté des États concernés.

Le silence relatif de l’organisation continentale sur ce dossier illustre la difficulté à coordonner une réponse africaine commune. Chaque capitale négocie séparément, ou refuse en bloc, sans qu’émerge une doctrine partagée. Pour Évariste Ndayishimiye, la question pourrait bien occuper davantage d’espace que les crises sahéliennes dans les mois à venir, tant les pressions de Washington se précisent. La capacité de l’UA à articuler une voix unifiée déterminera son poids face aux grandes puissances.

Concrètement, le passage du président burundais à Ouagadougou laisse une impression mitigée. Il ouvre un canal, mais ne tranche rien. Il rappelle aussi que la légitimité diplomatique se construit autant par les symboles que par les communiqués officiels. À six mois de la fin de sa présidence tournante, Ndayishimiye dispose encore d’une fenêtre étroite pour imprimer une marque sur l’agenda continental, à condition de transformer ces visites en livrables politiques tangibles. Selon RFI Afrique, la chronique de Newton Ahmed Barry a livré une lecture sans complaisance de cette rencontre.

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Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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