Leonardo relance son offensive commerciale auprès de l’armée marocaine

Fighter jet on airport runway with city skyline in the background, ready for takeoff.Photo : Taha Atakul / Pexels

Leonardo tente un retour en force sur le marché marocain de la défense. Le géant italien de l’armement, présent dans les avions de combat, les hélicoptères, l’électronique militaire et les systèmes de surveillance, cherche à renouer avec un client stratégique qu’il ne veut pas céder à ses rivaux américains, français ou israéliens. À Rabat, ses émissaires multiplient les contacts pour convaincre les Forces armées royales de lui confier un nouveau programme aéronautique.

Une reconquête sous contrainte diplomatique

La manœuvre intervient alors que les relations entre Rome et Rabat traversent une zone de turbulences. L’Italie, qui détient près d’un tiers du capital de Leonardo via le ministère de l’Économie et des Finances, peine à afficher une proximité politique avec le Royaume comparable à celle cultivée par Paris, Madrid ou Washington. Or, dans l’industrie de défense, la relation d’État à État reste le socle indispensable à toute signature importante. Sans adossement diplomatique solide, les industriels avancent en terrain meuble.

Le groupe transalpin en a fait l’expérience ces dernières années. Alors qu’il avait pu nourrir l’espoir d’équiper plus largement l’armée de l’air marocaine, plusieurs appels d’offres lui ont échappé au profit d’offres concurrentes jugées mieux articulées, tant sur le plan industriel que sur celui des transferts de technologie. La direction commerciale de Leonardo cherche désormais à inverser la tendance en proposant des plateformes adaptées aux besoins de modernisation de la flotte aérienne chérifienne.

Un marché marocain devenu hautement compétitif

Rabat figure aujourd’hui parmi les premiers budgets militaires du continent africain. Le Royaume a engagé un vaste cycle de rééquipement portant sur les avions de chasse, les drones, la défense sol-air et la surveillance des frontières. Les États-Unis, à travers Lockheed Martin et Boeing, occupent une position dominante dans l’aviation de combat, tandis que la France, Israël et la Turquie se sont imposés sur les créneaux des systèmes d’artillerie, des vecteurs aériens sans pilote et de l’électronique de défense.

Dans ce paysage saturé, Leonardo dispose de cartes à jouer. Le groupe produit l’avion d’entraînement avancé M-346, utilisé par plusieurs armées de l’air dans le monde, ainsi qu’une gamme d’hélicoptères AW139 et AW149 qui ont trouvé preneurs en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Son portefeuille couvre également les radars, les systèmes de communication tactique et les équipements navals, autant de segments sur lesquels Rabat exprime des besoins concrets. Reste à transformer ces atouts techniques en commande ferme.

L’équation politique avant l’équation technique

Les industriels européens savent que le Maroc arbitre désormais ses achats d’armement en fonction d’un faisceau de critères qui dépassent la seule performance des matériels. Les positions diplomatiques sur le dossier du Sahara occidental, la qualité de la coopération sécuritaire et la capacité à accompagner l’émergence d’une base industrielle locale pèsent lourdement dans les décisions finales. Sur ces trois terrains, l’Italie apparaît en retrait par rapport à ses partenaires européens les plus engagés aux côtés du Royaume.

Leonardo en a manifestement pris la mesure. Ses équipes plaident auprès des décideurs marocains un argumentaire articulé autour du partenariat industriel, des capacités de maintenance locale et du financement à long terme, formats désormais incontournables dans les contrats d’armement structurants. Le groupe met également en avant son appartenance à l’écosystème européen de défense, à l’heure où Bruxelles cherche à peser davantage dans le bassin méditerranéen face à la concurrence extra-européenne.

La partie s’annonce serrée. Un éventuel contrat avec l’armée de l’air marocaine offrirait à l’industriel italien une vitrine précieuse sur un marché africain en pleine expansion, et confirmerait sa capacité à rivaliser avec les grands noms anglo-saxons et français. À défaut, Leonardo risque de voir son empreinte au Maghreb se réduire davantage, au profit d’acteurs mieux synchronisés avec les priorités stratégiques de Rabat. Selon Africtelegraph.

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Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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