Liban : Hussein Hajj Hassan alerte sur un canal sécuritaire au Pentagone

Urban scene in Beirut showcasing a Christmas tree beside a damaged building, reflecting resilience.Photo : Jo Kassis / Pexels

Le député libanais Hussein Hajj Hassan, figure du bloc parlementaire du Hezbollah, a tiré la sonnette d’alarme sur ce qu’il qualifie de « piste sécuritaire » initiée par le département américain de la Défense entre Beyrouth et l’État hébreu. Ses déclarations, rapportées par le quotidien beyrouthin Al Akhbar, interviennent dans un climat de tensions persistantes à la frontière sud-libanaise, plus d’un an après le cessez-le-feu fragile conclu fin 2024. L’élu de la Békaa met directement en cause la nature et les finalités du dialogue qui s’installerait, selon lui, en marge des canaux diplomatiques officiels.

Une mise en garde frontale contre le rôle du Pentagone

Pour Hajj Hassan, le Pentagone ne saurait jouer les arbitres neutres entre un Liban souverain et une puissance qu’il continue de désigner comme « l’ennemi israélien ». Le député affirme que la mise en place d’un canal sécuritaire bilatéral, même indirect, reviendrait à entériner une forme de normalisation rampante, sans débat parlementaire ni mandat clair de l’exécutif libanais. Cette critique vise en filigrane les contacts techniques entretenus depuis plusieurs mois sous supervision américaine, notamment dans le cadre du mécanisme de surveillance du cessez-le-feu coprésidé par Washington et Paris.

L’argument central du parlementaire chiite repose sur une distinction stratégique. Une chose est de discuter du tracé frontalier ou du retrait israélien des positions encore occupées au sud du Litani. Autre chose est d’ouvrir un dialogue structuré sur des questions de sécurité, susceptible d’évoluer vers une coordination militaire de fait. Hajj Hassan estime que cette seconde hypothèse franchirait une ligne rouge politique pour la formation pro-iranienne, qui demeure l’un des principaux acteurs armés du pays.

Souveraineté nationale et lignes rouges du Hezbollah

Le timing de la déclaration n’est pas anodin. Le gouvernement libanais, dirigé depuis le début de l’année par une équipe désireuse de relancer les bailleurs internationaux, multiplie les gestes en direction de Washington pour desserrer l’étau économique et obtenir un appui sur le dossier du retrait israélien. Plusieurs émissaires américains se sont succédé à Beyrouth ces derniers mois, portant des propositions de désescalade qui incluraient, selon plusieurs sources concordantes, un volet sur le désarmement progressif des formations non étatiques au sud.

Le Hezbollah, affaibli militairement par la guerre de 2023-2024 mais toujours politiquement central, refuse catégoriquement d’inscrire son arsenal dans une telle négociation. Hajj Hassan rappelle que toute discussion engageant la sécurité nationale relève des seules institutions constitutionnelles libanaises, à commencer par la présidence de la République et le Conseil supérieur de défense. Il appelle implicitement le palais de Baabda à clarifier sa position et à reprendre la main sur un dossier perçu comme glissant vers une gestion extra-institutionnelle.

Un signal adressé à Washington et à Beyrouth

Au-delà du registre purement libanais, la sortie du député s’adresse aussi à l’administration américaine. Le Pentagone, en première ligne sur le suivi du cessez-le-feu via le général américain qui copréside le comité de surveillance, est accusé d’élargir son mandat technique à des prérogatives politiques. Cette extension de périmètre inquiète une partie de la classe politique libanaise, y compris au-delà du camp du 8 mars, qui redoute de voir les arbitrages stratégiques s’éloigner du Grand Sérail et de la Place de l’Étoile.

Reste que la marge de manœuvre de Beyrouth demeure étroite. La pression israélienne sur le terrain, les survols quotidiens et les frappes ciblées au sud comme dans la Békaa imposent au pouvoir libanais de maintenir un canal de communication, fût-il indirect, avec Washington. La question soulevée par Hajj Hassan n’est donc pas tant de fermer ce canal que d’en fixer les contours, le mandat et le contrôle politique. L’équation s’annonce délicate pour un exécutif qui cherche à incarner une autorité réunifiée tout en composant avec un Hezbollah convalescent mais vigilant.

Concrètement, les prochaines semaines diront si le débat lancé par le député de la Békaa débouche sur une clarification publique du gouvernement ou s’il restera cantonné à la rhétorique parlementaire. Selon Al Akhbar, plusieurs voix au sein de la majorité parlementaire pourraient relayer cette mise en garde dans l’hémicycle.

Pour aller plus loin

Al Akhbar : Israël englué dans une guerre d’usure régionale · Islamabad transmet à Washington une proposition iranienne révisée · Gaza : Israël maintient sa doctrine des assassinats ciblés

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About the Author

Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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